Le Jura Agricole et Rural
Prévenir les problèmes de pieds
Jura agricole et rural
Publié le:  09 août 2007
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Lors de la marche au pâturage, l'usure des onglons est régulière. Les terrains plus durs, comme une route goudronnée ou un sol bétonné sont en revanche abrasifs et peuvent endommager le sabot

Troisième pathologie des bovins en terme de fréquence, les boiteries ont des répercussions négatives sur la reproduction, les performances de lactation… D’où l’importance des mesures préventives, très efficaces.

Troisième pathologie en élevage bovin, après les mammites et les troubles de la reproduction, les boiteries ont plusieurs causes (voir ci-dessous). D'un point de vue vétérinaire, on distingue les affections des pieds des affections des autres parties de l'appareil locomoteur, car elles sont de loin les plus importantes et les plus fréquentes, responsables de 70 à 90% des boiteries.

Les pertes économiques consécutives sont considérables, et les complications sont fréquentes, entraînant des frais vétérinaires, une perte d’appétit, la diminution des performances de production… Or les affections des pieds ont souvent un caractère collectif et multifactoriel. Et le plus souvent, des mesures simples curatives et surtout préventives sont efficaces. Un parage annuel préventif permettrait ainsi, selon les pareurs, de faire baisser de 80% les boiteries : « Le pied est un voyant, qui révèle l’état général de l’animal ! Il permet de révéler des problèmes d’alimentation, de logement, tels une marche trop haute ou un paillage insuffisant », explique Gilles Huguet pareur.

Soumis à rude épreuve

Les aplombs des laitières sont en effet soumis à rude épreuve. La sélection a fait évoluer la taille et le poids des animaux, ainsi que leur niveau de production, peut-être plus rapidement que la solidité de leurs pieds. Dans le même temps, la conduite des troupeaux s’est intensifiée et s’est écartée des conditions « naturelles » : le béton abrasif a remplacé le tapis végétal souple des prairies… Sur un sol trop sec, la pousse de la corne est ralentie et celle-ci est plus dure, mais elle se fend aussi plus facilement. Dans la paille trop humide, la corne est trop molle et sensible aux infections comme le fourchet, ou dermatite interdigitée, une inflammation de la peau de l’espace entre les doigts du bovin. D’origine infectieuse, cette affection peut être chronique ou aiguë. Elle est fortement contagieuse.

L’alimentation joue aussi un rôle : tout déséquilibre alimentaire se traduit en effet par une production d’histamine, une substance vasomotrice. L’excès d’énergie ou d’azote dans la ration favorise ainsi l’apparition de la fourbure, ou pododermite, une inflammation de la couche conjonctive profonde au niveau de la sole ou de la région lamellaire. De même les carences en soufre ou en zinc, deux minéraux précurseurs de la kératine entraîneront la formation d’une corne de mauvaise qualité, plus sensible aux infections.

Lors des déplacements de l’animal, les tissus situés à l’aplomb de l’onglon externe du membre postérieur subissent les plus fortes variations de charge. Très sollicitée, cette zone sera facilement lésée, ce qui entraînera des déformations de l’onglon. De plus, la croissance naturelle de la muraille de l’onglon l’amène à s’allonger plus rapidement vers l’avant (en pince) et vers l’extérieur. D’autre part, le transfert de poids sur un des membres postérieurs force l’onglon externe du pied correspondant à recevoir au moins 65% de tout le poids transmis. Cette situation crée, à l’âge adulte, l’hypertrophie de cet onglon qui entraînera un transfert de plus en plus important du poids vers celui-ci.

Rétablir l'équilibre

« Le parage préventif permet de rééquilibrer les aplombs et ainsi de prévenir les boiteries » explique Pascal Baud, pareur pour la Sarl GDS39, une filiale du groupement de défense sanitaire du Jura. L'intervention a lieu en amont des problèmes de boiteries, et son rôle est de les éviter. « Mon travail consiste à rééquilibrer les appuis, en redonnant au pied sa forme initiale. Cela consiste à ramener dans un premier temps la muraille à 7,5 cm (entre le poil et l’extrémité du sabot). Sur les postérieurs la référence est l’onglon interne : je ramène l’onglon externe à la même hauteur, de manière à ce que le poids de la vache se répartisse harmonieusement sur toute la surface du pied, dans l’axe du membre. »

« En cas de boiterie, je soulage la partie douloureuse en allégeant l’appui… cela peut aller jusqu’à la pose d’une talonnette en bois dans les cas extrêmes. » Pour réaliser ces opérations, le pareur dispose d’un outil de travail irremplaçable, la cage de contention. Elle immobilise la vache et permet de manipuler ses membres sans crainte de blessures, ni pour l’opérateur, ni pour l’animal. « Une bonne cage de contention, bien placée, c’est 50% du parage », assure Pascal Baud. « La place est importante, car pour y conduire la vache, il ne faut pas qu’elle se sente coincée. Dans les grands troupeaux, on a de plus en plus de mal à contenir les animaux. » Une fois la vache en place, un système de sangles permet de relever le membre postérieur et de l’immobiliser. Le pareur commence par nettoyer rapidement le pied puis rééquilibre les onglons à la rénette.

 


Problèmes de pieds : Panaris, fourchet ou dermatite ? 

Plusieurs pathologies peuvent être la cause infectieuse de la boiterie. Il s'agit du panaris interdigité, du fourchet et de la dermatite digitale. Ces infections peuvent d’ailleurs se conjuguer.

Les signes classiques du panaris interdigité sont le gonflement de la patte au-dessus des onglons et la douleur aiguë. Il peut y avoir une fissure de la peau et un écoulement de pus. L’odeur est très caractéristique. En général, le panaris interdigité est associé à des conditions d'humidité et d’hygiène insuffisante, ainsi qu'aux surfaces rugueuses. Les bactéries pénètrent par la fissure de la peau ou par le sabot et infectent la patte. Les antibiotiques permettent en général de résoudre le problème, mais la plupart des cas non traités se résolvent en une semaine environ. Le système immunitaire réussit à éliminer la bactérie. On peut prévenir le panaris interdigité en maintenant les vaches propres, au sec avec une litière suffisamment abondante. La taille des onglons et les pédiluves effectués systématiquement sont également très efficaces.

Le fourchet s'appelle aussi la dermatite interdigitée du bovin. Habituellement, il se produit au début de la lactation, probablement en raison du stress que provoque le vêlage et des modifications de la configuration de la distribution du poids sur les onglons des pattes postérieures suite au vêlage. Les vaches présentant cette infection peuvent se tenir sur la pointe du sabot ou boiter de façon visible. Du pus blanc ou grisâtre dont l'odeur ressemble à celle du lait caillé peut s'écouler de la région affectée de la peau. Les antibiotiques n'ont qu'une efficacité modérée. Les pédiluves, la taille corrective des onglons, les pansements topiques, l'enveloppement du pied et le port de bottes de protection peuvent aider à la rémission.

Le piétin-fraise (dermatite digitale) est une maladie qui apparaît comme une plaque rougie juste au-dessus de la fente interdigitale de l'onglon. La lésion progresse jusqu'à ce qu'elle présente des projections coniques saillantes portant des papilles noires (ressemblant à des poils) qui se prolongent de 10 à 15 cm de la surface (phase de la verrue velue). Le piétin-fraise est très douloureux pour la vache. Les pédiluves, les aérosols et les pansements topiques fonctionnent bien. Il faut un long traitement continuel pour l'éliminer. La dermatite digitale a tendance à devenir chronique chez une vache individuelle ou un troupeau. Si vous n'avez pas ce problème, une politique de troupeau isolé constitue la meilleure défense possible contre cette infection.




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