Le Jura Agricole et Rural
« C’est possible de faire autrement »
Denis Valentin, céréalier à Beausemblant (Drôme)
Apasec
Publié le:  30 août 2007
Page 15 

Denis Valentin conseille de ne penser à la conversion en agriculture biologique qu’après mûres réflexions.

Denis Valentin s’est converti à l’agriculture biologique en 1998-1999. Exploitant à Beausemblant, dans le Nord Drôme, il gère quelque 98 hectares principalement en location, répartis en 85 hectares de céréales et 13 de fruitiers. Il se dit aujourd’hui plus serein.

- Denis Valentin, vous êtes exploitant agricole depuis 1980, qu’est-ce qui vous a conduit à vous convertir à l’agriculture biologique ?

« Je suis issu d’un milieu agricole et j’ai fait des études d’agriculture où l’agriculture biologique n’était pas présente. Je me suis installé sur une exploitation de 18 hectares qui s’est peu à peu agrandie et que j’ai conduite de façon traditionnelle pendant presque vingt ans. Un jour, devant mon placard à traitement, j’ai constaté que la majeure partie des produits que j’utilisais comportait un pictogramme avec une tête de mort. Pas innocent ! N’étais-je pas en train d’empoisonner mes semblables alors que je souhaitais les nourrir ? Est-il possible de faire autrement, tel a été le questionnement qui a suivi ? Puis le cheminement s’est fait. Je me suis inscrit à un stage en agriculture biologique « grandes cultures » organisé par la chambre d’agriculture de la Drôme. Des visites d’exploitations m’ont convaincu que des alternatives existaient et surtout qu’elles étaient viables car je voulais continuer à produire et vivre de mon métier ».

- Une fois la décision prise, comment avez-vous vécu la transition ?

« J’ai, dans un premier temps, converti la partie « grandes cultures » de l’exploitation. Il est effectivement difficile quand on a travaillé pendant longtemps avec certaines pratiques de tout refonder, d’accepter de l’herbe dans ses champs, d’obtenir des rendements moindres, d’instaurer des rotations dans les cultures alors que j’étais quasiment en monoculture de maïs, pour une question de marge… Mon premier pas fut de m’inscrire auprès d’un organisme de contrôle car l’utilisation de produits chimiques de synthèse est proscrite. La grande nouveauté culturale était l’introduction de fumier composté… Ma récolte a été légèrement revalorisée dès la première année (ce qui n’est plus le cas actuellement) et, avec une subvention touchée à l’hectare, j’ai absorbé la baisse de rendement sans chute de revenu. Aujourd’hui, je produis du maïs, mais aussi du blé, du soja, de la luzerne, du tournesol, du colza et de l’orge que je commercialise par le biais de la Drômoise de céréales. Les charges sont aussi différentes : je n’ai plus le poste engrais et produits chimiques mais j’utilise de 5 à 600 tonnes de fumier annuellement, le poste mécanisation (en copropriété avec un agriculteur du secteur qui s’est converti peu après moi) est plus important. Pour biner en maïs ou soja, je suis contraint à quatre à six passages, le tracteur tourne plus. Les cultures requièrent plus de surveillance ».

- Quand avez-vous converti la partie arboricole de l’exploitation ?

« J’ai attendu 2004-2005, la conversion est plus difficile avec les cultures pérennes, il y a un temps de réaction du sol et de l’arbre. Le système racinaire est différent, il faut sélectionner ses variétés… Cette année, la récolte d’abricots a été maigre car les arbres ont accusé une carence ferrique et un arrêt de sève due à une semaine de froid… Je suis en pleine réflexion sur cet aspect de l’exploitation. Je vais supprimer des cerisiers tardifs au profit de fruitiers à pépins ».

- Quels conseils dispenseriez-vous à un agriculteur qui veut se lancer dans le bio ?

« De ne le faire qu’après mûres réflexions. Il faut être parfaitement convaincu. S’il existe des aides à la conversion, elles sont moins attractives, les cultures ne sont valorisées qu’à partir de la deuxième année. En tant qu’administrateur à Corabio et Agribiodrôme, je sais que les financements nationaux qui vont aux associations sont en baisse d’environ 25 %. Alors que la bio se développe, que la consommation de produits bio est en hausse, on est contraint d’importer pour répondre au marché. Situation paradoxale.

Autre souci, les OGM. Où trouver des informations claires, objectives sur le sujet. Les scientifiques jouissent-ils de l’indépendance nécessaire ? Des études contradictoires existent. Un réel problème qui mérite réponse et avant toute décision un moratoire.

Quoi qu’il en soit, la présence d’OGM est interdite par les cahiers des charges bio et des labels. Si leur présence est un jour avérée, cela signifie que certains agriculteurs ne pourront plus travailler. En ce qui me concerne je n’envisage pas de faire machine arrière.

Satisfaction, toutefois avec le salon Tech & bio qui se tiendra dans la Drôme, un grand remerciement à la chambre d’agriculture et au réseau Fnab pour cette initiative ».

Propos recueillis par C.B.


Newsletter GRATUITE
Sondage

Face à l'augmentation du prix du pétrole, les agriculteurs ont-ils raison d'engager des mouvements syndicaux ?

  • Oui
  • Non
  • Ne sais pas

  • (C) Le Jura agricole et rural
    Partagez vos idées, écrivez-nous
    Webmaster