Le Jura Agricole et Rural
Un enjeu économique et social
Bien être animal
Jura agricole et rural
Publié le:  15 mai 2008
Page 15 

Les éleveurs mettent en garde contre les conséquences négatives qu’aurait la mise en place de critères de bien-être animal qui ne seraient pas étendus aux productions importées des pays tiers.

Alors que le ministre de l’Agriculture a lancé les Rencontres sur la place de l’animal dans la société, les responsables des filières de l’élevage ont souhaité apporter leur contribution au débat en organisant un colloque sur le bien-être animal et l’élevage français, le 5 mai à l’Assemblée nationale. Et placer un certain nombre de contre-feux face aux revendications des associations de défense du droit des animaux. La question n’est pas anodine : « Le débat sur le bien-être animal doit être conduit avec vigilance. C’est un foyer d’expression de tous les extrémismes » qui pourrait remettre en cause notre démocratie, a estimé Yves Censi, député de l’Aveyron qui présidait les débats. Sans aller jusque-là, c’est bien une autre vision de la société qui pourrait s’imposer à terme : l’octroi de nouveaux droits aux animaux qui les rendraient quasiment égaux aux hommes et l’abandon de leur élevage pour satisfaire les besoins alimentaires des êtres humains.
 
En attendant, c’est plutôt l’accumulation des réglementations du bien-être animal qui interpelle les éleveurs. D’abord, à cause des nouveaux investissements auxquels ils doivent faire face pour mettre leurs bâtiments aux normes, qu’il s’agisse du logement des veaux de boucherie, des poules pondeuses, des truies et bientôt des poulets de chair. On estime à 100 millions d’euros les dépenses affectées à la mise aux normes des bâtiments dans le veau de boucherie, 700 millions seront nécessaires pour le logement des truies d’ici 2013 et 1 milliard d’euros pour la mise aux normes des bâtiments poules pondeuses avant 2012, estiment les instituts techniques.
 
Incertitudes
Et ce d’autant plus que les critères imposés ne conduisent pas nécessairement à une amélioration du bien-être. Dans le veau de boucherie par exemple où la case collective a remplacé la case individuelle. « Nous n’avons pas observé de supériorité de la case collective sur la case individuelle. La mortalité est plus importante et la couleur de la carcasse s’est dégradée », observe Jacques Lucbert de l’Institut de l’élevage.
Dans le secteur des poulets de chair, où une nouvelle réglementation devrait s’appliquer à partir de 2010, c’est la mesure du bien-être elle-même qui pose problème : les experts ne sont pas d’accord sur les critères à retenir ! Hélas « les critères scientifiques, s’ils sont essentiels, ne sont pas suffisants. On ne peut ignorer les demandes de la société », rétorque Monique Eloit, directrice adjointe de l’alimentation au ministère de l’Agriculture.
Chez les poules pondeuses, une nouvelle réglementation bien-être va s’imposer à partir de 2012 avec l’obligation de respecter certains aménagements dans les cages (nid, perchoir, zones de grattage) ainsi qu’une superficie minimale de 750 cm2, contre 550 cm2 actuellement. Des contraintes qui auront un coût et qui vont pénaliser la filière vis-à-vis des pays tiers dans un secteur très concurrentiel. Au moment où la diminution de la protection tarifaire est programmée dans le cadre des négociations de l’OMC.
 
Une nouvelle préférence communautaire ?
C’est d’ailleurs la principale inquiétude des éleveurs : « On ne peut dissocier le bien-être animal et l’économie. Nous sommes d’accord pour évoluer, mais à la même vitesse que tous les autres pays ». Comme nos concurrents, les Etats-Unis ou le Brésil qui n’imposent pas les mêmes contraintes aux éleveurs, insiste Jean-Michel Fritsch, le président de la section bétail et viande de Coop de France. Même remarque d’Eugène Schaeffer, président de l’Office de l’élevage et de l’Association de coordination technique agricole (Acta) : « L’Europe importe des centaines de milliers de tonnes de viande qui ne respectent pas les normes de bien-être. Nous voulons que ce qui est importé respecte les mêmes conditions », plaide-t-il. Message reçu par le ministère de l’Agriculture. Monique Eloit, ne nie pas le risque d’avoir un marché européen ouvert avec des pays qui n’ont pas les mêmes règles. C’est la raison pour laquelle la France va déposer à Bruxelles un mémorandum sur les préférences communautaires. L’idée, bien entendu, est d’établir une nouvelle préférence communautaire assise non seulement sur des bases scientifiques mais également sur des demandes sociétales, comme le bien-être animal. Reste à savoir le sort qui sera réservé à cette demande dans les négociations de l’OMC.


Newsletter GRATUITE
  • Formez-vous avec l'ADFPA
Sondage

Selon vous, la crise financière actuelle aura-t-elle un impact sur l'agriculture ?

  • Oui
  • Non
  • Ne sais pas
(C) Le Jura agricole et rural
Partagez vos idées, écrivez-nous
Webmaster