Le Jura Agricole et Rural
Les producteurs tendent la main aux consommateurs
Commercialisation de proximité
Jura agricole et rural
Publié le:  10 mai 2008
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Parvenir à mettre en avant les produits locaux dans les temples de la consommation. Le concept « saveurs du coin » créé par un groupe d’agriculteurs du Rhône a séduit les magasins Auchan. L’association ne veut pas s’arrêter là et réfléchit à d’autres projets de développement des circuits courts.

Sécuriser les agriculteurs fragilisés par la concurrence mondiale, ramener de la sérénité dans leur fonctionnement ». C’est l’objectif avoué de « Saveurs du coin », association de producteurs, souhaitant valoriser la production locale dans les grandes enseignes. C’est en 2006 que l’aventure a commencé sous forme d’animations temporaires. Les opérations-tests de l’été dans un magasin Auchan se sont avéré concluantes. Le ponctuel est devenu pérenne dans deux magasins de la région lyonnaise : Dardilly et Caluire.Du coup, l’association a dû se structurer. « On est passé de zéro à dix salariés. 4 dans chaque magasin plus deux pour l’organisation générale », explique le président Pascal Guichard, lui-même maraîcher à Caluire (Rhône). Une plate-forme regroupe les différentes productions à Brignais. Les salaires sont répercutés dans les prix de vente. Les producteurs continuent à participer eux-mêmes à certaines animations, « mais il faut trouver un compromis entre l’investissement temps passé et le prix de vente ».
 
Dialogue permanent avec la grande distribution
Un prix de vente qui est négocié par les producteurs pour être plus valorisant, sans qu’il soit forcément plus cher en bout de chaîne pour le consommateur. « On fixe le prix d’entrée et les responsables du magasin le prix de sortie. Nous sommes dans un dialogue permanent avec la grande distribution », poursuit le président. Du coup, les rapports entre producteur et grande distribution s’établissent sous un angle nouveau, comme le souligne, Pierre-André Dumas, producteur de brouilly à Odenas. « Avant je ne travaillais pas avec la grande distribution. Comme beaucoup de mes collègues, j’avais tendance à la diaboliser. Aujourd’hui, je comprends mieux leurs contraintes, leurs façons de travailler. Je me sens du coup plus à l’aise pour démarcher à titre personnel d’autres enseignes ».
Le contact avec la clientèle est tout aussi riche d’enseignements « même si les consommateurs ne viennent pas à « Saveurs du coin » pour le vin mais plutôt pour les fruits et légumes », reconnaît Pierre André. « On se rend compte qu’il n’y a pas que des consommateurs locaux, on croise beaucoup de touristes ou des gens de passage. Il faut aussi leur laisser un message positif sur nos produits ».
 
« Au-delà de nos espérances »
Si le concept est relativement jeune, les premiers résultats sont très encourageants. « Nous sommes parvenus à fidéliser la clientèle sur notre îlot. Nous avons attiré de nouveaux clients dans la grande surface », insiste Pascal Guichard. C’est tout bénéfice pour l’enseigne qui valorise aussi son image. Mieux encore qu’un slogan électoral, le concept « Saveurs du coin » est un échange gagnant-gagnant. Producteurs, grande distribution et consommateurs tirent tous bénéfice de ce partenariat à trois.
 
La clientèle adhère avec conviction.
« Les consommateurs sont très sensibles à la fraîcheur, à la qualité. L’attachement aux produits locaux est fort, au-delà de nos espérances. Ils ne veulent pas de denrées qui ont voyagé 2000 kilomètres avant d’arriver sur les étals ».
Le dynamisme commercial de « Saveurs du coin » a un effet direct sur la production agricole du département. Certaines variétés qui n’étaient plus produites en quantité suffisante ont été réintroduites. C’est le cas de la carotte ou de la tomate. Les agriculteurs profitent d’un débouché bien assuré.
Rien n’empêche l’association d’imaginer un développement rapide. « On pourrait facilement doubler les volumes si on le voulait, mais on ne veut pas tomber dans ce piège. On veut garder la maîtrise du concept, qui n’est d’ailleurs pas exclusif à l’enseigne Auchan. Notre objectif est aussi d’en faire profiter toutes les filières ». A ce jour saveurs du coin regroupe fruits, légumes, charcuteries, fromages et vins. Les filières carnées, bœufs et volailles, ne sont pas représentées », regrette Pascal Guichard.
 
Parmi les projets en cours de réflexion : la livraison de paniers, la restauration hors domicile, des magasins en propre… Toutes les possibilités pour développer les circuits courts vont être étudiées. Quand on a la chance d’être agriculteur sur un bassin de population aussi important que la région lyonnaise, il faut savoir en profiter et capter ce marché qui nous tend la main !


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