Construire le bassin laitier grand Est
Guyans-Durnes
Jura agricole et rural
Publié le: 13 juin 2008
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Si l’assemblée générale de l’UAC a été l’occasion d’aborder la conjoncture économique laitière, on a tracé également des pistes de réflexion pour se positionner en terme de bassin laitier, tant en France qu’en Europe.
Bienvenue en terre d’authenticité. La signature commerciale du groupe L’Ermitage s’étale tout au long de la banderole qui orne la salle polyvalente de Guyans-Durnes, le fief de l’UAC. « Une Union agricole comtoise qui se développe grâce à l’arrivée de nouveaux producteurs », se réjouit Michel Foltête, le président. Ce vendredi 2 mai, l’Union tient son assemblée générale. Une bonne occasion pour faire le point sur une année où les turbulences étaient loin d’être rares. « Personne n’avait imaginé un tel scénario, avec un retournement de la situation en quelques mois et des variations historiques de la cotation des produits laitiers. » Mais la situation n’a pas perduré, les cours du sérum ont retrouvé leur niveau de 2002, une conséquence directe de l’OCM lait.
« Ces turbulences ne doivent pas nous détourner de notre métier : le fromage. » S’y ajoute le bilan de santé de la Pac. « Il nous faudra faire des propositions pour pérenniser les aides. » La France devra profiter des six prochains mois de présidence européenne pour peser de tout son poids pour obtenir des soutiens. « Notamment pour maintenir la production laitière dans les zones difficiles. » L’augmentation des quotas est un autre souci. « Il est dangereux d’augmenter de manière arbitraire les volumes, sans tenir compte de la réalité des marchés. » Il faudra encore veiller à poursuivre l’augmentation du prix du lait, « dont les dernières hausses n’ont pas compensé les baisses successives depuis 2002 » et poursuivre la hausse est indispensable « pour garder des producteurs de lait ».
Un scénario est en cours d’élaboration pour constituer le bassin laitier grand Est. « Il ne faut pas que la Franche-Comté s’isole. En nous engageant, nous constituerons le deuxième bassin français. » Le Doubs et le Jura ont décidé de rejoindre la future interprofession. « Cette construction ne se fait pas rapidement car le travail est difficile », constate Martial Marguet. Le responsable de la section Lait de la FDSEA du Doubs sait qu’avec l’ensemble des laits AOC, c’est beaucoup plus long. « Pour des histoires d’entité culturelle et des outils de transformation qui sont multiples. » « Mais il ne faudrait pas tomber dans le piège de ne mettre que le lait standard dans cette interprofession », prévient Jean-Charles Le Squeren, directeur de L’Ermitage. Daniel Gremillet, le président du groupe, entend donner une dimension européenne à la réflexion qui s’engage : « Dans cette Europe, si l’on veut en faire un atout, on parlera de plus en plus de région. En ce cas, l’Est peut devenir la deuxième région laitière nationale. » Ne pas y aller classera la Lorraine en troisième position et la Franche-Comté à la sixième place. « Se retrouver relégué ailleurs n’aurait aucun intérêt », estime Daniel Gremillet. « Nous nous mettrions dans une situation de fragilité. » « Voilà dix ans que nous demandons cette interprofession », rappelle Michel Foltête. « Les trains vont passer et si nous ne montons pas dans le wagon, il ne nous restera plus que les yeux pour pleurer. »
Productions à la hausse
« L’année 2007 a été favorable pour le fromage », reconnaît Michel Foltête, président de l’UAC. L’emmental a progressé de 1,64 % et les prix en baisse se sont nettement redressés. Si l’emmental grand cru est encore en baisse, les prix se redressent. La mauvaise qualité des fourrages a induit une baisse de la production de comté. Conjuguée à l’augmentation des ventes, on constate que les stocks sont en baisse. Le marché de la raclette est difficile. « Notre objectif est de développer les fromages à forte valeur ajoutée tout en travaillant les autres pour nous positionner sur les marchés à l’export. » L’UAC entend poursuivre son développement. « On nous reproche le vieillissement de nos tanks à lait ; sachez que nous privilégions les grandes quantités. »
Jean-Charles Le Squeren, directeur de L’Ermitage, revient sur la production du groupe, qui augmente son volume de 6 % pour atteindre 45 800 t de fromages. Les pâtes pressées cuites augmentent de près de 8 %, les pâtes pressées non cuites sont quasiment stables, la raclette a marqué le pas. L’export a progressé de 6 %. « Notre objectif est d’aller encore plus loin en visant l’Union européenne qui est notre cible principale. » Grâce à l’appui du conseil régional de Franche-Comté, L’Ermitage participe à des salons étrangers, améliorant ainsi sa notoriété.
Le groupe contribue aussi au développement rural : sept sites sont dédiés aux productions AOC et label rouge, trois sont spécialisés dans l’affinage, Bulgnéville et Clerval sont des sites plus grands équipés de matériels spécifiques.
Dans les Vosges, on emploie 650 personnes, à Clerval, on emploie 233 salariés et 95 autres sont répartis sur les autres sites. La question de l’emploi est devenue cruciale. Le groupe a du mal à recruter du nouveau personnel. « Dans certains coins, on recherche depuis quelques mois des ouvriers que nous ne trouvons pas. » Du coup, on ne cherche plus du personnel expérimenté mais juste qualifié. « De plus, nous formons nous-mêmes nos fromagers, pour remplacer les départs en retraite. La situation est très préoccupante. » Pour passer le cap, L’Ermitage annonce que le groupe est prêt à accueillir des étrangers. « En règle mais il faudrait assouplir la réglementation. » Un Tunisien pressenti n’a pu obtenir l’autorisation car ce n’est pas un ressortissant de l’Union européenne. Des investissements sont engagés. Rien que 24 millions d’euros en Franche-Comté. Face à l’avenir, la sérénité semble de rigueur. Mais elle est relative car rien n’est jamais acquis. « Tout est toujours à recommencer. C’est pour ça qu’à la fanfaronnade, nous préférons l’humilité. »
Enfin, on aborde la question de la discussion d’une loi sur le commerce qui veut encourager la concurrence « mais va surtout donner plus de pouvoir de négociation à la distribution. On demande à ce que ne soit pas encouragé sa surpuissance dans les négociations. »
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