La paille a-t-elle un prix ?
Stratégie
Jura agricole et rural
Publié le: 19 juin 2008
Page 6
A la veille de la récolte des céréales d’automne, la paille pourrait manquer voire être introuvable. Pourquoi ? Le prix des engrais s’est envolé. En un an, le prix du kg de phosphore a augmenté de 50 % et celui du potassium a été multiplié par 2.5. Et la hausse ne semble pas terminée.Les céréaliers voire les éleveurs qui, habituellement, vendaient de la paille sont amenés à revoir leur stratégie. En effet, quel intérêt à vendre de la paille si la recette est inférieure à la facture d’engrais minéral équivalente à sa compensation ? Autant la laisser sur le champ et l’enfouir.
Comme tout végétal, les céréales contiennent des éléments minéraux à la fois dans le grain et dans la tige (paille). Lorsque l’un (grain) ou les deux sont enlevés du champ, on parle d’exportation.
Les exportations sont un élément essentiel du raisonnement de la fertilisation phospho-potassique. Le principe global étant de compenser les exportations PK (annuellement ou sur une rotation), soit par un engrais de ferme soit par un engrais minéral ou les deux. On veillera à s’approcher de l’équilibre pour éviter l’appauvrissement (déficit) ou l’enrichissement (excédent). Chacun peut l’apprécier en faisant le calcul des bilans culturaux, fumure apportée- exportation.
Les exportations sont un élément essentiel du raisonnement de la fertilisation phospho-potassique. Le principe global étant de compenser les exportations PK (annuellement ou sur une rotation), soit par un engrais de ferme soit par un engrais minéral ou les deux. On veillera à s’approcher de l’équilibre pour éviter l’appauvrissement (déficit) ou l’enrichissement (excédent). Chacun peut l’apprécier en faisant le calcul des bilans culturaux, fumure apportée- exportation.
Pour connaître la quantité de phosphore et de potassium contenue dans la paille, il suffit de consulter le tableau des exportations (voir dans notre édition papier) et de calculer la différence entre plante entière (grain + paille) et grain pour la culture concernée.
Pour un blé dont le rendement est de 75 quintaux/ha, les exportations grains sont de :
• 0.9 x 75 = 67.5 kg P2O5/ha soit l’équivalent de 150 kg SUPER 45 /ha
• 0.7 x 75 = 52.5 kg K2O/ha soit l’équivalent de 114 kg chlorure de potassium/ha (60%)
Pour ce même blé, les exportations plante entière (grain + paille) sont de :
• 1.2 x 75 = 90 kg P2O5 soit l’équivalent de 200 kg super 45/ha
• 1.8 x75 = 135 kg K2O soit l’équivalent de 225kg de chlorure de potassium /ha.
La quantité de P-K contenue dans les pailles est donc de :
• 90-67.5 = 22.5kg de P2O5 soit l’équivalent de 50 kg SUPER 45 /ha
• 135-52.5 = 82.5kg de K2O soit l’équivalent de 138 kg de chlorure de potassium /ha.
Avec un prix au kg (ou unité) de 1.50 euros pour le phosphore et 1 euro pour le potassium, la valeur des exportations de la paille est de 116.25 euros/ha. Soit 29 euros la tonne de paille pour un rendement moyen de 4 T/ha et 39 euros pour un rendement de 3 T/ha.
Pour une orge d’hiver ou de printemps dont le rendement est de 60 quintaux /ha, les exportations grains sont de :
• 0.8 x 60 = 48 kg P2 O5/ha soit l’équivalent de 107 kg SUPER 45 /ha
• 0.7 x 60 = 42 kg K2O/ha soit l’équivalent de 70 kg chlorure de potassium/ha
et plante entière de :
• 1.1 x 60 = 66 kg P2O5 soit l’équivalent de 147 kg super 45/ha
• 2.1 x 60 = 126 kg K2O/ha soit l’équivalent de 210 kg chlorure de potassium/ha
La quantité de P-K contenue dans les pailles est donc de 18 kg de P2O5/ha et de 84 kg de K2O/ha, soit l’équivalent de 40 kg de SUPER 45 et de 140 kg de chlorure de potassium. La valeur des exportations de la paille est de 111 euros /ha. Soit 28 euros la tonne pour un rendement de 4 T et 37 euros pour un rendement de 3 T/ha.
• 0.8 x 60 = 48 kg P2 O5/ha soit l’équivalent de 107 kg SUPER 45 /ha
• 0.7 x 60 = 42 kg K2O/ha soit l’équivalent de 70 kg chlorure de potassium/ha
et plante entière de :
• 1.1 x 60 = 66 kg P2O5 soit l’équivalent de 147 kg super 45/ha
• 2.1 x 60 = 126 kg K2O/ha soit l’équivalent de 210 kg chlorure de potassium/ha
La quantité de P-K contenue dans les pailles est donc de 18 kg de P2O5/ha et de 84 kg de K2O/ha, soit l’équivalent de 40 kg de SUPER 45 et de 140 kg de chlorure de potassium. La valeur des exportations de la paille est de 111 euros /ha. Soit 28 euros la tonne pour un rendement de 4 T et 37 euros pour un rendement de 3 T/ha.
Quelques remarques
Si le calcul est simple et précis, il est utile de faire quelques remarques.
Si le calcul est simple et précis, il est utile de faire quelques remarques.
• Les valeurs Pet K attribuées aux exportations sont des données moyennes et anciennes et en cours de réactualisation. Il semble que la tendance soit à la baisse, notamment pour le phosphore. Leur variabilité est importante. Les causes semblent nombreuses : type de sol, variétés, pratiques de fertilisation….A ma connaissance, nous ne disposons pas de données franc-comtoises, du moins récentes. C’est pour toutes ces raisons que les chambres d’agriculture départementales de Franche-Comté, avec le concours de la chambre régionale d’agriculture de Franche Comté, ont déposé un projet d’actions sur ce sujet dans le cadre du contrat de projet état région 2007-2013 filières végétales.
L’objectif principal est, d’une part, de disposer de références sur les teneurs des organes végétaux récoltés, et d’autre part, de connaître la pertinence de ce système s’il était appliqué sur la globalité de l’exploitation. Nous espérons que le conseil régional nous apportera son appui pour collecter et publier ces références, bien utiles aujourd’hui.
• Pour les principales cultures, les exportations P-K graine ou plante entière sont proportionnelles au rendement grain obtenu. Plus le rendement est élevé, plus les exportations sont importantes que ce soit pour le grain ou la paille. Le vendeur de paille est donc en droit d’attendre une recette de paille qui sera d’autant plus élevée que le rendement grain est important. Les observations de terrain, les pesées, parfois pour ceux qui vendent la paille, n’indiquent pas spécialement de relation entre le rendement grain et le tonnage de paille/ha (3 à 5 tonnes/ha en général, mais là aussi avec de grosses variations). Est-ce que la teneur en éléments minéraux de la paille augmente lorsque son rendement diminue ?…La conversion ou non de la valeur théorique des exportations P-K de la paille en prix à la tonne de paille ne peut être que laissée à la libre appréciation de chacun.
• La paille de céréales contient aussi d’autres éléments (azote, magnésie, matière organique,…). Le calcul d’une équivalence engrais minéral n’est pas toujours aisé pour ne pas dire impossible. Pour l’azote, la différence entre plante entière et grain est de 0.6 kg par quintal de grain pour les céréales à paille. Soit 45 kg d’azote/ha exportés pour un rendement de 75 q/ha. Cependant, si la culture suivante est une céréale, il faudra augmenter la dose X de 20 kg d’azote si la paille est enfouie.
• ARVALIS indique les teneurs moyennes suivantes par tonne de paille : 7 kg N- 2.3 kg P2O5- 16 kg K2O soit 20 euros/T azote exclu et 27-30 euros/T azote compris avec les prix d’engrais retenus.
• D’autres éléments, pas toujours chiffrables ou particuliers à certaines situations, peuvent aussi être pris en compte ; comme le fait de devoir broyer la paille, l’enfouir, la libération des parcelles, le tassement dû au matériel de récolte (2007), le risque limaces …
Au final, la détermination du prix de vente de la paille sur le champ ou à la tonne peut relever d’une évaluation simple, comme de comptes d’apothicaires. Mais, l’absence de données locales et récentes sur la quantité de phosphore et de potassium contenue dans les pailles reste un problème qui ne facilite pas l’obtention d’un prix ajusté que ce soit pour l’acheteur ou le vendeur.
La proximité de la moisson, l’augmentation continue du prix des engrais et de l’énergie, des perspectives incertaines…laissent peu de temps à la réflexion, à l’anticipation. Tout le monde subit ou presque.
Mais ne vaut-il pas réfléchir à deux fois avant la mise en route du broyeur sachant que pour certains éleveurs, la paille est utile et nécessaire et que pour d’autres, c’est une activité économique (pressage, transport, commerce…)?
Alors que l’énergie, le coût du transport augmentent de jour en jour, qu’on se doit de limiter les gaz à effet de serre…quel intérêt à aller chercher de la paille plus loin alors qu’elle peut être disponible à proximité ?
Alors que l’énergie, le coût du transport augmentent de jour en jour, qu’on se doit de limiter les gaz à effet de serre…quel intérêt à aller chercher de la paille plus loin alors qu’elle peut être disponible à proximité ?
Si la plaine fournit chaque année une quantité de graine et de paille à la zone de plateau et montagne, ne serait-il pas plus logique, ne serait-ce que pour une question d’équilibre, qu’il y’ait un retour en plaine? L’échange paille contre fumier, compost…Chez ceux qui le pratiquent, on perçoit un système « gagnant-gagnant » et on ne s’interroge pas sur qui pourrait être le perdant ou le gagnant. Où est-ce que l’apport d’engrais de ferme est-il le plus pertinent, nécessaire…sur des prairies naturelles ou sur des surfaces constamment en grandes cultures sans apport de matière organique ? L’échange pourrait aussi permettre de réduire le coût du transport et éviter les déplacements à vide sous réserve que le matériel soit adapté.
Les ressources en engrais minéral ne sont pas inépuisables. Si l’on ne peut plus en disposer à volonté, une meilleure valorisation de l’engrais de ferme ou la recherche d’autres produits organiques devient nécessaire. Ne peut-on pas mettre en place un système durable ?
La valorisation des engrais de ferme n’est pas à son optimum. Combien de parcelles reçoivent encore au cours de la même campagne du fumier et un engrais PK minéral alors que 15 à 30 tonnes/ha couvrent les exportations des principales cultures ? L’essai valorisation des effluents d’élevage sur prairies mené dans le cadre du contrat de rivière Loue sur les sites de Chaux-Champagny et Lemuy a démontré l’intérêt du bâchage du fumier composté pour limiter les pertes d’azote et de potasse …Si certains se posent la question du broyage de la paille, il y a du grain à moudre pour tout le monde.
La valorisation des engrais de ferme n’est pas à son optimum. Combien de parcelles reçoivent encore au cours de la même campagne du fumier et un engrais PK minéral alors que 15 à 30 tonnes/ha couvrent les exportations des principales cultures ? L’essai valorisation des effluents d’élevage sur prairies mené dans le cadre du contrat de rivière Loue sur les sites de Chaux-Champagny et Lemuy a démontré l’intérêt du bâchage du fumier composté pour limiter les pertes d’azote et de potasse …Si certains se posent la question du broyage de la paille, il y a du grain à moudre pour tout le monde.
L’envolée du prix des engrais et de l’énergie pèse sur les exploitations agricoles, n’est-ce pas une opportunité pour réfléchir à l’évolution de nos systèmes d’exploitation ?
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