Le Jura Agricole et Rural
TCS : des atouts dans le contexte actuel
Colza
Jura agricole et rural
Publié le:  11 juillet 2008
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Avec l’allégement des charges de mécanisation – et donc de carburant – et la réduction du temps de travail, les techniques culturales simplifiées peuvent répondre à la problématique actuelle des exploitations. A condition de maîtriser sur le plan de la conduite !

Avec des prix de vente élevés pour les produits agricoles qui se conjuguent avec une flambée des intrants (carburants, engrais, phytosanitaires…), la réduction des charges de mécanisation peut être un axe de réflexion stratégique. Le travail du sol est un premier levier, qui nécessite une modification en profondeur de la conduite des cultures, sous peine de voir diminuer rendement et revenu.
 
Une pratique courante
Les enquêtes sur le colza réalisées par le Cetiom ces dix dernières années (1996-2005) sur les secteurs traditionnels de la culture du colza mettent en évidence une nette progression de l’implantation sans labour : jusqu’à 47 % des surfaces en 2005, avec de grandes variations régionales. Près de 60 % des colzas sont implantés sans charrue en Bourgogne, suivie par le Centre et le Poitou-Charentes, puis la Lorraine.
« Quelle que soit la région, l’implantation sans labour est particulièrement bien développée sur les « petites terres », les terres à cailloux. En fait, l’équilibre entre les teneurs en argile (généralement élevées) et en cailloux est plutôt favorable au passage à des techniques culturales simplifiées. C’est d’autant plus vrai que sur ces terres souvent peu hydromorphes, se ressuyant par conséquent assez rapidement, on dispose souvent de plus de souplesse pour organiser les chantiers de préparation du sol », analyse Nathalie Lande, ingénieur régional au Cetiom. Si les gains de temps sont certains, peut-on en dire autant des gains de rendement ? Contrairement aux céréales, le colza est une plante qui possède un pivot. L’implantation de cet organe est essentielle dans la réussite de la culture et de son rendement. Comparé à des rendements obtenus en parcelles labourées et sur différents sols, sans une certaine maîtrise des techniques simplifiées, le rendement du colza n’est pas toujours garanti.

Tirer partie des TSL
L’idéal serait de pouvoir bénéficier des avantages du non-labour sans perdre tous les bénéfices du labour. Pour cela on peut commencer par comparer les intérêts et les inconvénients lorsqu’on passe du labour au non-labour, afin d’adapter son itinéraire technique.
Concernant le sol, le passage au non-labour permet d’avoir une meilleure portance avec une bonne continuité structurale et moins de mottes en terres argileuses. Cela évite également la remontée de cailloux. Un risque de compaction existe cependant. On pourra alors pratiquer un décompactage pour certaines textures de sols, ou en cas de récolte précédente en conditions humides. Il ne faut pas non plus négliger les phénomènes naturels tels que les variations climatiques (gel, gonflement-retrait des argiles) et les activités biologiques des vers de terre et des racines.

Concernant les résidus, les techniques sans labour (TSL) permettent la limitation du ruissellement. Il y a moins d’érosion intraparcellaire, moins de risque de transfert de produits phytosanitaires, moins de dilution de la matière organique dans le profil et, de ce fait, une diminution de la battance. Avec les TSL, il y a en revanche une moindre minéralisation. Les résidus sont en surface ou enfouis superficiellement ; les fournitures du sol seront moins importantes. Le risque limaces est accru, ces dernières étant hébergées et nourries dans le mulch de résidus. On court également un risque d’élongation de l’hypocotyle au travers du mulch. Cette partie de la plante devient une zone sensible au gel, aux ravageurs et au phoma. Le risque de maladies (phoma) est par ailleurs accentué par les résidus qui constituent un stock d’inoculum. Enfin, la levée peut être de moins bonne qualité suite à un mauvais contact graine-sol et peut être retardée par un plus long réchauffement du sol.

Maîtriser le désherbage, une nécessité
Concernant à présent le volet herbicides, en TSL le mulch favorise l’adsorption sur le complexe argilo-humique (cas des urées substituées et sulfonylurées) et la dégradation par les micro-organismes. Il accroît en revanche le risque de volatilisation (cas de la trifluraline et de la clomazone), le risque de phytotoxicité des herbicides pour les graines restées en surface, et le risque de concentration dans les horizons supérieurs, d’une moindre dégradation et de phytotoxicité (cas des sulfonylurées sur colza suivant une céréale).
Enfin, si on s’intéresse aux adventices, on s’aperçoit qu’en TSL la réduction du stock semencier par concentration en surface est plus rapide si on procède à une destruction rapide et régulière. Les TSL permettent également une réduction du stock d’adventices très persistantes (renouées, coquelicots). Il faut cependant être vigilant car on risque le maintien des stocks semenciers d’adventices si le désherbage n’est pas maîtrisé.
Il peut également y avoir une augmentation du stock semencier d’adventices peu persistantes telles que les graminées d’automne (vulpin, bromes) et le gaillet. Les TSL favorisent de plus les adventices bisannuelles (certaines ombellifères ou composées) et vivaces (rumex, liserons, chardons, chiendents…) non perturbées mécaniquement dans leur cycle.

TCS : des atouts environnementaux

Les TCS favorisent un stockage du carbone plus important qu’en labour, mais qui décroît dans le temps. Sur le plan énergétique, ces techniques permettent d’économiser de 20 à 40 l/Ha de carburant. Enfin, pour les gaz à effet de serre, une étude récente d’Arvalis montre une réduction de 11 % de ceux-ci en travail superficiel, et de 16 % en semis direct par rapport au labour ! En TCS, le fait de ne plus retourner la terre va jouer sur deux caractères essentiels, la porosité – à savoir la capacité d’un sol à retenir l’eau – et la matière organique. Les TCS favorisent la stabilité des agrégats mais aussi l’écoulement des eaux par capillarité.
Sur le plan de l’érosion, les TCS ont depuis longtemps montré tout leur bien fondé. Une efficience qui s’appuie sur la porosité : l’eau est retenue au lieu de couler à la surface du champ, mais également par l’infiltration : Grâce à une structure plus aérée en agrégat, l’eau s’écoule verticalement et ne stagne donc pas en surface.

Souvent mis en exergue pour leur contribution positive à l’environnement, l’impact des TCS dans les domaines des engrais et des phytosanitaires reste très mal connu. L’azote serait plus facilement entraîné dans les profondeurs à cause d’une meilleure porosité du sol… Mais le peu de références acquises en France montre un très faible écart entre le lessivage de l’azote en TCS ou en labour. Plus encore, un couvert végétal d’interculture est plus important que le travail du sol. Les TCS peuvent favoriser le développement de vulpins, brome, gaillet et autres géraniums entraînant une consommation accrue de ces spécialités et une lutte plus difficile contre ces adventices. Pour ce qui est des maladies, la présence de nombreux résidus végétaux en surface favorise le développement de certaines maladies : piétin échaudage, fusarioses et helminthosporiose sur le blé, phoma pour le colza, rhizoctone, galle commune pour la pomme de terre… Idem pour les ravageurs et insectes plus présents en TCS (pyrale sur maïs, limaces sur céréales…) mais qui peuvent se gérer par des moyens agronomiques (rotations, interculture, choix variétal…)


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