Le Jura Agricole et Rural
Un péril pour l'élevage et la biodiversité
L'euphorbe en Val de Saône
Jura agricole et rural
Publié le:  11 juillet 2008
Page 11 

Euphorbe ésule

Le développement invasif de l’euphorbe ésule, observé depuis une quinzaine d’années dans la prairie inondable du val de Saône, inquiète les éleveurs et les écologistes.

L’euphorbe produit un latex toxique pour le bétail, notamment les bovins, rendant ainsi inconsommable et invendable le fourrage. C’est assez dire que la plante n’est pas la bienvenue en val de Saône, d’autant que cette vivace de 30 à 90 cm de haut se reproduit très vite, par graines et par rhizomes souterrains persistants. « Dans les prairies mixtes, elle peut dominer l’habitat et entraîner une baisse considérable de la diversité et de l’abondance des espèces indigènes », expliquent les techniciens des chambres d’agriculture de l’Ain et de Saône-et-Loire, de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage et du laboratoire européen de lutte biologique, (EBCL).

L’impact sur l’économie des exploitations agricoles locales est important. Les éleveurs évoquent une perte de 30 % des volumes de bottes de foins. La production est là, mais elle est impropre à la consommation par les bovins. Pour la chambre d’agriculture de l’Ain, une étude cartographique de l’infestation montre que 47 % des prairies relevant du périmètre Natura 2000 sont infestées par l’euphorbe. « Les observations de terrain de fin 2006 laissent à penser que le niveau d’infestation est encore plus élevé, la crue tardive de 2006 ayant retardé le développement de la plante. En revanche, en 2007, le temps pluvieux du printemps et de l’été semble avoir contrarié l’essor de l’euphorbe ».
 
Trois moyens de lutte
Pour les techniciens des chambres consulaires, la lutte contre l’euphorbe est orientée sur trois points. « La lutte chimique permet d’apporter à court terme des solutions aux agriculteurs. C’est une solution d’urgence dont il convient de limiter les impacts. Le programme prévisionnel envisage l’expérimentation de nouveaux matériels de traitement par contact avec différentes molécules, afin d’en évaluer l’efficacité et l’impact sur le milieu naturel ». Autre moyen étudié, la lutte biologique. Les expérimentations de lâchers d’oberea, un coléoptère, permettront de mesurer l’impact de l’insecte sur les populations d’euphorbe. En parallèle, est à l’étude l’optimisation de l’élevage d’oberea. Troisième moyen de lutte possible : la modification de certaines pratiques agricoles. « Mais cela ne pourra être mis en place qu’après les résultats de l’étude conduite sur les facteurs de surabondance de l’euphorbe ésule », concluent les techniciens en charge de ce dossier.

La prairie naturelle inondable du val de Saône est un milieu riche, d’ailleurs inscrit dans le cadre de Natura 2000. Le développement de l’euphorbe pose un double problème : d’une part les espèces indigènes sont menacées et d’autre part, les agriculteurs pourraient abandonner ces prairies devenues économiquement inutilisables, ce qui serait catastrophique pour la faune et la flore locales.


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