La base s'invite à la fête
Cinquante ans de l'AOC comté à Champagnole
Jura agricole et rural
Publié le: 23 juillet 2008
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Moment d’émotion sur le parvis de l’oppidum à Champagnole avec une « grande coulée » symbolique |
Alors que toute la filière s’apprêtait à fêter sereinement le cinquantième anniversaire de l’AOC comté, quelque 80 « producteurs de la base » se sont invités à Champagnole pour contester la politique des prix et dire toute leur colère…
Que retiendra-t-on de cette Coulée du comté, première du nom ? La grand-messe médiatique et professionnelle destinée à célébrer comme « il se devait » les cinquante ans de la plus importante AOC fromagère de France ? Ou l’intervention opportuniste de 80 manifestants qui ont profité de l’événement pour dénoncer la politique des prix et dire haut et fort, toute leur rancœur ? Sans doute un peu des deux…
Pourtant, tout avait « bien commencé » sur le parvis de cet oppidum de Champagnole où les représentants de 70 fruitières de toute la zone AOC se succédaient pour déverser, dans le grand chaudron de cuivre, les quelques litres de leur production qui contribueraient à la fabrication d’un cru anniversaire…
Idem pour Claude Vermot-Desroches qui, accueillant tous les professionnels de la filière, trouvait là une belle tribune pour exprimer sa satisfaction ainsi que toutes les raisons qui lui font croire en l’avenir du comté…
Un chiffre est évocateur. Celui de l’évolution des ventes (de 29 401 tonnes en 1990 à 47 468 tonnes en 2007) et « l’évolution favorable des prix… malgré une augmentation importante des charges et la fulgurante envolée du prix du lait standard… »
Un chiffre est évocateur. Celui de l’évolution des ventes (de 29 401 tonnes en 1990 à 47 468 tonnes en 2007) et « l’évolution favorable des prix… malgré une augmentation importante des charges et la fulgurante envolée du prix du lait standard… »
Un président qui insistait sur le « long terme » nécessaire au développement du comté, alors que des manifestants venaient d’installer une banderole au pied de la scène. Claude Vermot-Desroches, les invitait spontanément à « analyser dans le temps et non à une réaction qui pourrait être éphémère…» car pour lui « le comté est un monument patrimonial réinventé chaque année. Il est un atout car il donne à tous les acteurs de la filière, un sentiment d’appartenance à une région, un massif… Il contribue à l’aménagement d’un territoire. »
Pour lui, « cette coulée est la manifestation d’une volonté commune à aller de l’avant en s’appuyant sur une capacité à travailler ensemble. Elle met en valeur nos racines et les valeurs de solidarité qui nous permettront de gérer ensemble les 50 prochaines années. »
Des mots qui, dans cette ambiance tendue, ont pris une autre dimension. Les participants l’ont bien senti en réservant au président du CIGC une standing ovation comme rarement on en rencontre dans la profession.
Export et défis environnementaux
Alors que le porte-parole désigné par les manifestants s’exprimait devant les caméras de France 3, le président a lancé la série des trois tables rondes au programme de la matinée.
On a d’abord parlé des défis de l’exportation. Une volonté qui date du milieu des années quatre-vingt-dix, pour soutenir la poussée de consommation qui était apparue quelques années plus tôt, alors que, jusque-là, la consommation de comté était restée très régionale.
L’Allemagne et la Belgique ont été les deux premiers pays ciblés. Les budgets de communication étaient certes modestes, mais constants. C’est un travail de fidélisation, sur le long terme, qui a été mené par le CIGC en accompagnement des actions des entreprises. Dernier marché en expansion, celui des USA où les ventes ont été multipliées par trois en cinq ans.
La deuxième table ronde a permis d’évoquer la situation du comté face aux attentes sociétales d’aujourd’hui. Jean-Jacques Bret, le directeur du CIGC, a invité à « être en avance d’une guerre pour participer aux batailles sur le troisième front, celui de l’environnement ». Pour lui, « il faut être présent dès aujourd’hui et discuter avec ceux qui définissent les futures normes… »
En quelques mots, Marc Desbois, producteur de lait à Cize, a montré que la modernité, cela pouvait être, simplement, « faire du lait avec de l’herbe »…
« Vous n’êtes pas à l’abri… »
Curieusement, c’est au cours de la troisième table ronde, celle qui traitait des atouts gastronomiques et touristiques du comté, que la discussion est revenue sur l’intervention des manifestants et, plus généralement, sur l’avenir du comté.
Philippe Canteux qui a créé une ferme pédagogique à Château-des-Prés, a souhaité « qu’une discussion soit vraiment engagée avec eux ». Joseph Parrenin, le président du comité de promotion des produits régionaux, s’est posé en rassembleur : « Le fossé secreuse entre les responsables professionnels et politiques et leur base. C’est à nous tous d’apporter des réponses et à chacun de prendre ses responsabilités… Il faut aussi rappeler à tous les producteurs de lait que le comté participe pleinement à l’image d’une Franche-Comté dynamique… »
Philippe Canteux qui a créé une ferme pédagogique à Château-des-Prés, a souhaité « qu’une discussion soit vraiment engagée avec eux ». Joseph Parrenin, le président du comité de promotion des produits régionaux, s’est posé en rassembleur : « Le fossé secreuse entre les responsables professionnels et politiques et leur base. C’est à nous tous d’apporter des réponses et à chacun de prendre ses responsabilités… Il faut aussi rappeler à tous les producteurs de lait que le comté participe pleinement à l’image d’une Franche-Comté dynamique… »
Chargé de conclure, le journaliste Alexandre Leguienne, auteur du reportage diffusé récemment sur France 3 « Ces fromages qu’on assassine », a pris le recul nécessaire. Il a souligné la « fierté des producteurs » : « Leur cri est un cri de colère, mais c’est aussi un cri du cœur, un cri d’amour. Si ce n’était pas le comté que nous fêtons aujourd’hui, ils auraient tout cassé et ne seraient déjà plus là… »
Le journaliste a surtout invité les responsables « à rester vigilants sur l’avenir de l’AOC ». Et de citer l’exemple du camembert « qui s’est fait bouffer par une industrie… Ça peut arriver à d’autres fromages et vous n’êtes pas à l’abri… »
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