Le Jura Agricole et Rural
Le prix de vente du comté aux distributeurs est le vrai problème
Interview de Dominique Chauvin
Jura agricole et rural
Publié le:  23 juillet 2008
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JAR : En tant que président de la section lait de la FDSEA et membre du bureau du CIGC, pensez-vous que la colère exprimée par des producteurs de lait AOC soit légitime ?

Dominique Chauvin : Oui, car le prix du lait AOC ne permet pas actuellement d’avoir une évolution du revenu en cohérence avec l’augmentation des charges. Les trois principaux postes sur les exploitations que sont l’engrais, l’aliment et le carburant sont en explosion et nous pouvons craindre une baisse importante du revenu 2007-2008.
Ceci est difficilement acceptable alors que le contexte est favorable pour la filière comté avec des stocks très faibles et une demande soutenue.

Quel est le rôle de l’interprofession dans le domaine de la négociation des prix ?
Les principales missions du CIGC sont de faire la promotion collective du comté, d’assurer l’évolution du cahier des charges, de défendre l’AOC et de calculer la MPN. Le comité interprofessionnel n’intervient pas en tant que tel dans la négociation des prix.
La FDCL et la Chambre syndicale des affineurs composent la commission des contrats qui fixe la répartition de la valeur ajoutée.
Aujourd’hui notre souci réside plutôt dans le prix de vente du comté aux distributeurs qui sert de base au calcul de la MPN. Je ne comprends pas pourquoi l’ensemble des produits de consommation a augmenté et pas le comté, sans non plus en faire un produit haut de luxe qui deviendrait inaccessible.
Quelle peut être la place des producteurs dans la négociation des prix de lait AOC et comment renforcer la cohésion entre les différentes familles de la filière pour négocier face à la grande distribution ?

Que le seul interlocuteur de la grande distribution soit l’affineur ne facilite pas les choses. Nous aurions sans doute intérêt à développer une stratégie commune de mise en marché intra-filière pour que les effets économiques liés à la conjoncture ou à la négociation de marchés ne soient pas toujours aux dépens du revenu des producteurs.

Quelles sont les perspectives de marché de la filière comté et surtout quelle répartition de la valeur ajoutée espérer ?
Je voudrais terminer sur une note positive. Il existe encore aujourd’hui des perspectives très intéressantes pour l’avenir de la filière comté. Nous avons entre les mains un produit de grande notoriété, qui connaît une forte demande à l’exportation. Rappelons également que, depuis 10 ou 15 ans, nous cumulons à la fois une hausse des volumes et une hausse des prix, ce qui est une situation enviable. Certes, cette période est difficile et il faudra une fois de plus que nous soyons patients pour obtenir une nouvelle augmentation des prix, mais nous y croyons fermement. En parallèle, nous devrons sans doute, quand cela est possible, revoir la conduite de nos exploitations pour diminuer l’impact de la hausse des charges. Une hausse qui, elle, n’est pas prête de s’arrêter...


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