Le Jura Agricole et Rural
Les organisations agricoles contraintes à la restructuration
Interview du président de la chambre d'agriculture Rhône-Alpes
Jura agricole et rural
Publié le:  24 juillet 2008
Page 8 

Gérard Seigle-Vatte, président de la chambre régionale d’agriculture demande aux organisations agricoles de s’adapter à la réorganisation de l’État

Gérard Seigle-Vatte (Isère), président de la chambre régionale d’agriculture Rhône-Alpes évoque pour nous cette grande réforme des administrations de l’État. Il restitue la place qu’occuperont, dans ce nouveau paysage, les chambres d’agriculture.

L’État engage une vaste restructuration de son administration organisée autour d’un pouvoir régional renforcé. Quel jugement portez-vous sur ce grand chantier ?
 
« Depuis des années, nous empilons en France des structures sans jamais redéfinir le rôle de chacune. Entre les régions, les départements, les communautés de communes et les communes, notre organisation administrative est devenue illisible et je trouve courageuse cette réforme, certes complexe, mais nécessaire. Le fait que ce soit la région qui désormais sera l’échelon décisionnel s’inscrit dans le modèle européen. En Allemagne, en Espagne, en Italie…, les régions pèsent d’un poids bien plus considérable que nos régions françaises. Il fallait rattraper ce retard accumulé et s’aligner sur le fonctionnement des principaux pays européens en adaptant, par ailleurs, nos services de l’État à l’objectif du gouvernement de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux ».

Quelles missions seront dévolues aux départements ?
 
« Le département sera gestionnaire des dossiers, mais les orientations politiques seront prises à la région. C’était inévitable en raison de la montée en puissance des régions politiques et des compétences étendues qui sont les leurs. l’État se devait de s’organiser à l’échelle régionale pour devenir l’interlocuteur crédible des assemblées régionales élues ».

Comment la profession agricole s’organise-t-elle pour répondre à cette réforme ?
 
« Les organisations professionnelles agricoles ont leur propre révolution culturelle à conduire. Pendant cinquante ans, nous avons créé des organisations agricoles pour accompagner le développement de l’agriculture. Il fallait le faire, mais maintenant nous devons nous adapter rapidement à la nouvelle structuration de l’État. Nous n’avons pas le choix puisque les politiques seront débattues à l’échelle de la région de même que les arbitrages des enveloppes financières. L’agriculture doit se donner les moyens de porter des dossiers régionaux sur le plan économique, social, territorial ou des filières. Nous serons en mesure de peser sur les décisions qui nous concernent que si nous savons nous organiser face à ce nouveau pouvoir régional ».

Quelles places occuperont dans ce nouveau dispositif les chambres d’agriculture ?
 
« Les chambres d’agriculture départementales doivent être conservées car elles sont garantes de la couverture territoriale et de l’indispensable proximité avec les agriculteurs auxquels elles apportent, et apporteront davantage encore à l’avenir, les services dont ils ont besoin dans l’exercice de leur métier. Mais ce travail des chambres départementales devra être mis en réseau régional de telle sorte que les compétences des uns puissent être mises à la disposition des autres. Dans ce cadre, les chambres régionales d’agriculture ont vocation à être renforcées et à jouer un rôle fédérateur des chambres départementales plus important qu’il n’est aujourd’hui ».

Comment sont perçues ces évolutions dans les organisations départementales ?
 
« La pire des choses serait que nos organisations professionnelles agricoles ne bougent pas et restent figées dans leur passé alors que l’échelon régional de l’administration sera renforcé et décisionnaire. Ne rien faire reviendrait à laisser à l’administration d’un côté, à la région politique de l’autre, le soin de gérer l’agriculture régionale sans les agriculteurs. La question qui nous est posée est de savoir si les agriculteurs veulent encore pouvoir compter. S’ils veulent encore proposer et être entendus. S’ils veulent encore défendre une politique agricole régionale qui place les hommes, les produits et les territoires au cœur des choix qui désormais se feront à la région ? »


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