Le Jura Agricole et Rural

Les exportations P et K (pailles restituées) sont en moyenne de 50 à 60 kg par hectare et par an

Phosphore et potasse quel raisonnement ?
Fertilisation
Jura agricole et rural
Publié le:  25 août 2008

Le prix de l’unité de P2O5 et de K2O a doublé entre 2007 et 2008, à même époque. Compte tenu de l’enjeu économique, il n’est pas inutile que chacun “phosphore” et surtout “potasse” sur la fertilisation de son exploitation. Les conseillers de la Chambre d’agriculture rappellent les différents types de raisonnement possible : le calcul classique, habituellement préconisé, le raisonnement global sur l’exploitation, le raisonnement sur la rotation et le raisonnement économique.

Le raisonnement préconisé
Dans l’optique d’une fertilisation PK non limitante pour la production, 4 critères sont à retenir.
Premièrement : l’exigence de la culture
Les essais longue durée réalisés en France (dont certains dans le Jura) ont permis de classer les exigences des principales cultures vis-à-vis du P et du K. Si l’impasse conduit à une perte de rendement élevée, la culture est considérée comme exigeante. A l’inverse, si l’impasse conduit à une perte de rendement nulle ou faible, la culture est considérée comme faiblement exigeante. Les cultures sont classées vis-à-vis de chaque élément à trois niveaux d’exigence : faible, moyen, élevé (voir tableau ci-dessous).
On peut d’ores et déjà retenir :
- L’impasse n’est possible (mais sous conditions) que pour les cultures faiblement et moyennement exigeantes vis-à-vis de l’élément considéré,
- Elle est déconseillée pour les cultures exigeantes et ce, quel que soit le résultat de l’analyse de terre.
Remarque : Attention à ne pas confondre besoin et exigence. Une culture peut absorber une grande quantité d’un élément sans pour autant être sensible à l’impasse.
Deuxièmement :l’analyse de terre
L’analyse de terre est un indicateur du niveau de disponibilité du P et du K dans le sol. A partir de références fournies par les essais longue durée, des « valeurs seuils » ont été proposées :
- Teneur impasse :    si la teneur de l’analyse est supérieure, l’impasse est possible.
- Teneur renforcée : si la teneur de l’analyse est inférieure, la fumure doit être supérieure à l’entretien.
Si la teneur de l’analyse se situe entre la teneur impasse et la teneur renforcée, la fumure est dite d’entretien, soit couverture des exportations (ni plus, ni moins). Des valeurs seuils ont été fixées pour les 10 sols Comifer et en fonction de 3 niveaux d’exigence. Récemment, des paliers ont été proposés autour des valeurs seuils pour limiter les effets « marches d’escalier », mais par contre, elles augmentent le nombre de préconisations possibles.
En présence d’un nombre important d’analyses sur une même exploitation et compte tenu de la variabilité généralement observée des résultats, le logiciel de « plan de fumure » devient le partenaire indispensable pour arriver à déterminer rapidement les doses de P et de K pour chacune de ces parcelles.
Troisièmement : le passé récent de la fertilisation
Dans un souci de ne prendre aucun risque de pénalisation de la production, il est déconseillé de faire une impasse en engrais minéral ou en engrais de ferme plus de deux années successives et ce, quelle que soit l’exigence de la culture (faible ou moyennement) ou du résultat de l’analyse de sol. La encore, l’utilisation d’un logiciel de « plan de fumure » conservant en mémoire la fertilisation des années antérieures est précieux.
Quatrièmement et dernièrement : le devenir des résidus de récolte
La plus grande partie du potassium se trouve à la récolte dans les tiges et les feuilles (paille), sous une forme très soluble. La restitution des résidus de récolte équivaut donc à un apport important de K2O. Dans cette situation, on n’apportera que le complément nécessaire. A l’inverse, si les pailles sont exportées, l’impasse est plus risquée et la dose de potassium apportée devra être plus importante. Au final, on pourra faire une impasse sans prendre de risques si les 4 conditions suivantes sont réunies :
- Culture prévue faiblement ou moyennement exigeante vis-à-vis du P2O5 et du K2O.
- Sol suffisamment pourvu, c’est-à-dire teneur de l’analyse de terre supérieure à T impasse.
- Au moins un apport d’engrais effectué au cours des deux dernières années, si la culture prévue est peu exigeante ou de la dernière année si la culture est moyennement exigeante.
- Résidus du précédent enfouis uniquement pour l’impasse en K2O.
L’application de ce raisonnement sur l’ensemble des parcelles de l’exploitation peut se révéler longue et fastidieuse notamment si l’on dispose d’analyses de terre pour la majorité de ses parcelles. Dans ce cas, le logiciel de « plan de fumure » est indispensable puisqu’il calcule pour chacune des parcelles une dose de P2O5 et de K2O. Reste cependant à rendre pratique ces doses car elles sont généralement multiples et variées.
A titre d’exemple, pour 4 parcelles de blé, 4 types d’engrais peuvent être nécessaires ou pour un même engrais, des doses par hectare différentes. L’épandeur d’engrais avec un programmateur pour le P et le K, voire l’azote, serait l’idéal. Si l’on ne dispose pas d’analyses de terre, ou en faible quantité, des raisonnements plus simples, basés sur les exportations, ont aussi leur intérêt.

Le raisonnement global
En 2003, suite à la sécheresse qui avait fortement affecté les rendements, nous avions proposé un raisonnement basé sur les exportations globales de l’exploitation, ceci afin de mieux prendre en compte la réalité de la situation (faible exportation, trésorerie affaiblie…). Pour cela il suffit de totaliser les quantités de grains ou de grains + paille exportés pour chacune des cultures récoltées puis on les convertit en kg de P et de K à partir des valeurs des exportations.
La quantité globale de P et de K exportée, divisée par la surface totale récoltée indique l’exportation moyenne en P et en K par hectare. En cas d’apport d’engrais de ferme (ou de compost…), ne pas oublier de retrancher la valeur fertilisante de ce dernier (tonnage total x valeur fertilisante Pet K). Ce principe peut très bien être appliqué sur la dernière campagne écoulée, dans ce cas, je rapporte cette année ce que j’ai exporté l’année dernière. Ou, sur le rendement moyen des campagnes écoulées comme dans l’exemple ci-dessous.
La quantité moyenne/hectare nécessaire à la couverture des exportations, valeur fertilisante du fumier déduite, est de 57,14 kg/hectare pour le P2O5 et de 61,66 kg/hectare pour le K2O. Soit un rapport P/K de 0.93.
Le choix devra donc se porter sur un engrais équilibré ou presque dont le rapport P/K est compris entre 0.9 et 1. Par exemple du 0-25-25 ou un ternaire comme du 3 x 15, à condition que la quantité d’azote soit adaptée et justifiée.
Concernant les stratégies des apports PK, elles peuvent être diverses et variées. Mais le même engrais apporté à la même dose sur toutes les parcelles est sûrement la plus simple et la mieux adaptée, notamment pour des sols pauvres ou en cas de sous-fertilisation. Exemple : 240 kg de 0-25-25/hectare/an.
Dans un contexte où l’engrais minéral est cher, on peut faire l’impasse sur la ou les parcelles qui reçoivent du fumier, soit une quinzaine d’hectares dans notre exemple. Cela équivaut à une sous-fertilisation globale sur l’exploitation puisque la valeur globale du fumier a déjà été déduite. Mais le risque de perte de rendement est très faible pour ne pas dire nul.

Le raisonnement économique
Même si le raisonnement est toujours économique, au moins pour partie, il peut devenir l’élément principal au point d’éclipser tous les autres dans un contexte où le prix de l’engrais minéral PK a doublé en un an.
A supposer que la charge d’engrais PK de l’année écoulée est « normale », « logique »… et compte tenu des incertitudes sur la valeur de la récolte 2008 (tout n’est pas récolté, quel prix de vente ?…), tout bon gestionnaire veillera à ne pas dépenser plus pour l’instant, que l’année dernière. C’est-à-dire diviser approximativement par deux la quantité de P et de K apportée l’année dernière ! Si elle était de 240 kg/hectare d’équivalent 0-25-25, elle doit être pour l’instant, de 120 kg/hectare. Elle pourra être revue à la hausse en fin d’année, début d’année prochaine si les résultats économiques le permettent et sous condition que les exportations le justifient.
Si l’exploitation avait tendance à couvrir les exportations, voire être supérieure, ce raisonnement pour la récolte 2009 ne doit pas poser de problème particulier vis-à-vis du risque de perte de rendement. Il implique de trouver un engrais ayant un rapport P/K adapté à l’exploitation et le moins cher possible à l’unité apportée.
En cas de faible dose/hectare, on pourra privilégier les cultures exigeantes et faire l’impasse sur les cultures peu exigeantes.
Dans notre exemple, on peut prévoir :
- 240 kg/ha de 0-25-25 sur colza, tournesol et maïs ne recevant pas de fumier
- Impasse PK sur les blés et les orges d’hiver
- Fumier sur une quinzaine d’hectares de maïs.
A l’inverse, si l’exploitation est en situation de sous-fertilisation depuis quelques années, ce raisonnement n’est pas sans risque. A quoi est due cette sous-fertilisation : situation financière délicate, volontaire… ? Quel budget peut-on prévoir pour la fertilisation ?…
En conclusion
Les exportations P et K des principales espèces cultivées en plaine, paille restituée, sont comprises généralement entre 30 et 80 kg de P2O5 et K2O/hectare et par an, soit une moyenne de 50- 60 kg P2O5 et K2O par hectare et par an. On retiendra cette fourchette comme un maximum à ne pas dépasser, y compris pour un système mixte ou la paille enlevée (maïs ensilage, paille de céréales) est compensée par le retour du ou des engrais de ferme.
Seules les exploitations ne disposant pas d’engrais de ferme (ou produits équivalents) et exportatrices de la paille, doivent augmenter cette valeur en fonction de l’importance de la vente. A même époque, le prix de l’unité de P2O5 et K2O a doublé entre 2007 et 2008. D’autres intrants ou charges augmentent aussi. Quelle sera l’évolution du chiffre d’affaires 2008 par rapport à 2007 ? Contrairement à l’azote, la quantité P-K apportée sur la culture n’est pas déterminante vis-à-vis du rendement. Et d’autres postes d’intrants même variables sont incontournables (semences, herbicides…) En conséquence, il faut prévoir une dépense 2008 a peu près équivalente à celle de 2007 soit sur notre base 60 P – 60 K : 30 P2O5 et 30 K2O/hectare et par an pour 2008. 90 euros/ha tout de même avec un prix de 2 euros l’unité et P et 1 euro l’unité de K.
La formule d’engrais recherché (binaire ou ternaire) doit présenter un rapport P/K aux environs de 1, c’est-à-dire un engrais plutôt équilibré. On retiendra celui qui présente le coût unitaire le plus faible en veillant à la forme du phosphore.
Ex. : 0-25-25 / 0-26-25 / 3 x 15…
Compte tenu des unités et surtout des quantités à apporter, on peut soit :
- Envisager un apport systématique sur toutes les parcelles, notamment si les analyses de terre disponibles sont pauvres à très pauvres (< T renforcé) ou que l’impasse est couramment pratiquée sur l’exploitation depuis plusieurs années. Ceci afin d’éviter que des parcelles ne bénéficient pas d’engrais minéral (ou de ferme) pendant 2 ou 3 années successives,
- S’orienter sur un apport parcellaire tous les 2 ans en bloquant la fertilisation PK sur :
* Les cultures exigeantes (colza, légumes…),
* Les cultures postérieures à une ou deux impasses PK,
* Les cultures postérieures à une culture dont la paille a été enlevée et que la parcelle ne bénéficie pas d’engrais de ferme.
Ex. : 240 kg de 0-25-25 sur colza et tournesol - Impasse PK sur blé derrière CH et tournesol
On n’oubliera pas de faire l’impasse PK pendant 1 ou 2 années (selon la quantité épandue) suite à l’épandage d’un engrais de ferme.
L’ensemble de ces préconisations reposent sur :
- Les enseignements des essais P2O5 longue durée réalisés sur le Finage et la Plaine doloise dans les années 80 : après 4 années d’impasse (appauvrissement) ou 4 années d’enrichissement (300 kg P2O5/ha/an) un apport de 80 unités de P2O5 procure à la culture en place  un rendement équivalent dans les deux situations.
- Les enseignements des analyses de groupe du Service gestion de la Chambre d’agriculture du Jura des années 80 – 90: les meilleures marges d’une culture donnée ont toujours été obtenues avec les meilleurs rendements (> à la moyenne) mais aussi avec les plus faibles fumures PK (impasse ou < à la moyenne).
- Les suivis annuels de plan de fumure, réalisés par la Chambre d’Agriculture du Jura depuis la fin des années 90 : on constate des rendements équivalents entre les exploitations qui sous-fertilisent (impasse PK sur cultures peu exigeantes, apport PK inférieur aux exportations…) et celles qui sur-fertilisent.
Elles sont confortées par les derniers échos au sujet des valeurs des exportations. Ces dernières, en cours d’actualisation, sont orientées à la baisse, notamment pour le phosphore.
Grâce à l’aide du Conseil régional de Franche Comté, nous disposerons, en fin d’année, de références locales concernant les valeurs des exportations des principales espèces cultivées en plaine. Compte tenu de l’enjeu économique, il est surtout indispensable que chacun ou chacune « potasse » et surtout « phosphore » sur la fertilisation de son exploitation. Les conseillers de la CA 39 sont aussi à votre disposition pour un conseil, un simple coup de fil comme un suivi plan de fumure, gratuit ou payant.
Patrick Chopard - Chambre d’agriculture du Jura 

VOIR TABLEAUX ET GRAPHIQUES DANS NOTRE EDITION PAPIER 


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