Le Jura Agricole et Rural

Des poulains élevés au pâturage, dans des conditions très extensives, avec un prix de la viande d’environ 1,60 euro par kilo de poids vif

Un produit agricole durable
Le cheval comtois
Jura agricole et rural
Publié le:  04 septembre 2008
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Le 26 novembre prochain, dans le cadre du Festival des groupes organisé par la FNGEDA en Franche-Comté, l’un des 21 circuits thématiques proposés aux participants sera consacré à la sauvegarde du Trait comtois. Une race menacée qui, à force de passion et d’engagement de nombreux partenaires, reste une production agricole durable, entre utilisations modernes, loisirs et débouchés alimentaires.

Le cheval comtois : un produit agricole durable et exemplaire ». C’est sur ce thème que le Festival des groupes proposera un circuit découverte de deux demi-journées conduisant les participants sur les traces d’un animal emblématique de notre région, le Trait comtois. Y seront passées en revue les différentes valorisations agricoles du cheval : utilisations modernes du cheval de trait (vigne, maraîchage, débardage, entretien des espaces verts…), les loisirs (attelage, transport, spectacles) et le débouché viande, indispensable pour la sauvegarde des races de trait.
« Nous voulons montrer toutes les facettes du cheval comtois, explique Nicolas Marguet, agriculteur à Fuans dans le Doubs et responsable de l’organisation du circuit. Même s’il est difficile de s’installer uniquement sur cette production, l’elevage de chevaux vient souvent en complément sur les exploitations traditionnelles et permet de valoriser certains pâturages. Nous voulons aussi partager cette passion avec des personnes venues de toutes les régions de France, sachant que chaque région a son cheval de trait. La comparaison sera intéressante… »


De la forêt de Chaux à la Saline Royale
La première visite, le 26 novembre l’après-midi, emmènera les participants sur un chantier de débardage à cheval, en forêt de Chaux, avec Daniel Pujol, président du syndicat des éleveurs de chevaux du Jura. Puis un attelage au départ des Salines d’Arc-et-Senans les conduira jusqu’à la ferme de Christophe Dugois, agriculteur à Cramans. Installé en Earl avec une cinquantaine de chevaux comtois, il se consacre essentiellement à l’attelage et au dressage. Sur place, les participants assisteront à une démonstration de travail agricole avec un cheval de trait, en maraîchage.
Les atouts du cheval comtois en dressage, pour les attelages et les ballades, ont fait sa renommée et lui promettent un beau développement. Le tourisme équestre est en effet en constant développement. Qu’il soit monté ou attelé, seul ou en famille, le cheval attire ceux qui aiment la nature et les animaux. Il fascine car il est associé à l’histoire humaine.
En fin d’après-midi, les participants pourront échanger sur les visites, à la salle des fêtes de Cramans, puis la journée se terminera par une découverte nocturne des Salines, avec repas et nuit sur place.


La valorisation en viande
Le marché de la viande équine, en légère progression, représente un débouché indispensable à la préservation du cheval de trait, dont certaines races sont menacées de disparition. Les Français ont consommé 20 000 tonnes de viande chevaline en 2007, soit 3 % de la consommation de viande globale, ce qui concernerait 18 % des foyers.
Pour illustrer ce thème, une deuxième visite, le 27 novembre, conduira les participants du Festival des groupes sur le site du centre d’allotement de Saint-Germain-les-Arlay, près de Lons-le-Saunier, par où transitent plus de 4 000 équidés par an. Après une visite des lieux, ils rencontreront Michel Jacquet, directeur de la coopérative Franche-Comté Animaux qui présentera le marché de la viande chevaline, les difficultés et les perspectives de développement. Le problème vient principalement du manque d’adéquation entre l’offre et la demande. La France importe en effet près de 78 % de la viande équine consommée, car elle préfère la viande rouge, produite à l’étranger, à la viande blanche des poulains élevés localement. Le manque de bouchers spécialistes du découpage et de la préparation de la viande de cheval est également un fort handicap pour la filière.
« Nous travaillons actuellement à la mise en place d’une filière d’expédition en carcasses vers l’Italie. Nous voulons fédérer les éleveurs autour d’un outil, concevoir des schémas de production et de commercialisation pour pouvoir fournir régulièrement de la viande de qualité », explique Michel Jacquet. L’abattage local est aussi un objectif à terme pour la coopérative franc-comtoise, essentiellement en poulains engraissés avec une mise en rayons dans les boucheries traditionnelles mais également dans les grandes surfaces. Une ambition tout à fait réaliste puisqu’elle est portée par un important centre d’allotement équin mais qui demande une structuration de la filière, y compris au niveau des abattoirs, pour l’heure encore difficile localement : les propriétaires de Trait comtois n’ont souvent qu’un ou deux animaux et la rentabilité de la viande ne permet pas un développement de l’élevage. Aussi, des partenariats ont été conclus pour l’approvisionnement avec d’autres régions et avec le soutien de l’Office de l’élevage.
I.P. 

Jérôme Bougnon à Maîche (Doubs) : Une joyeuse bande
Jérôme Bougnon fait partie d’une joyeuse bande. « La joyeuse bande des écuries comtoises », du nom de l’association qu’il a lui-même créée et qui réunit 25 personnes autour d’un spectacle équestre et avec lesquelles il vient de terminer une tournée dans le sud de la France. Voltige, char romain, poste hongroise, ski-joëring, travail de haute école, cracheurs de feu, carrousels, numéros comiques… Une quinzaine de cavaliers entourent le jeune agriculteur de Maîche, qui a fait de sa passion, un métier. Après un Bepa équin à l’école de Levier et un BPREA, il s’installe, en juin 2003, avec une quarantaine de chevaux sur 35 hectares et conserve seulement 3 à 4 poulinières. « Acheter des jeunes chevaux de 2 à 3 ans, les dresser et les revendre représente les trois quarts de mon activité » explique le jeune homme. Le reste se partage entre ballades en calèche, mariages, marchés de Noël, ski-joëring et traîneau mais également débourrage de chevaux de selle pour des particuliers et un peu de débardage pour faire travailler les jeunes chevaux. Il arrive parfois que le jeune agriculteur troque ses bottes de cavalier pour une truelle de plâtrier et doive travailler à l’extérieur, par obligation. Mais il veut rester disponible pour développer son activité. Car les idées ne manquent pas. La « Joyeuse bande » propose tous les troisièmes samedis du mois un repas spectacle au centre équestre de la Cravache à Maîche. Une opération lancée en mars et qui réunit chaque soir 60 à 80 personnes. Les réservations se font auprès de l’office de tourisme de Maîche et l’association possède un site Internet : jb-ecuries.com

Christophe Dugois à Cramans (Jura) : Vivre de sa passion
Il y a maintenant 5 ans, Christophe Dugois a sauté le pas et doublé son cheptel de poulinières pour arriver à une douzaine de mères. Il élève tous les poulains, les dresse pour l’attelage et les revend à l’âge de trois ans. Aujourd’hui, avec une cinquantaine de chevaux et 45 hectares de prairies, il reconnaît « avoir beaucoup de travail pour équilibrer juste les charges » ce qui l’oblige à travailler à l’extérieur, comme veilleur de nuit dans une maison de retraite. Mais la passion est là, intacte, avec l’envie de trouver des solutions pour diversifier l’activité. La situation de l’exploitation, à proximité de la forêt de Chaux et de la Saline d’Arc-et-Senans, offre des opportunités : débardage, activité de tourisme, ballade dans les vignes… « Il faut peser le pour et le contre par rapport au temps disponible » estime Christophe Dugois. Mais l’arrivée, au sein de l’exploitation, de son frère, qui met en route une production de maraîchage, permettra également de valoriser le cheval pour les travaux agricoles et la fumure. Aucune piste n’est négligée : depuis deux ans, l’éleveur développe l’étalonnage avec succès. Trois de ses étalons ont sailli 70 juments au printemps. L’élevage se fait connaître également grâce aux concours et à la participation, trois années de suite, au salon du cheval. En 1999, il a remporté le trophée international du cheval de trait au Salon de l’agriculture et, en 2007, le premier prix de concours modèle et allure, toujours au SIA, avec la jument Nanette.
 


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