La dérégulation des marchés agricoles est un fait. Naguère encore le céréalier observait l’évolution de la sole, les rendements et la politique de restitution de l’Europe pour se faire une idée assez précise et pérenne des cours des céréales. Depuis, l’Europe a baissé la garde, le pétrole flambe, les biocarburants concurrencent les céréales alimentaires, les pays émergents consomment plus et les fonds de pension spéculent sur les matières premières agricoles. Bilan : en moins de deux ans, soixante-dix ans de régulation des cultures céréalières avec la naissance de l’Onic le 15 août 1936, sont partis en fumée. Désormais le céréalier vit dans l’euphorie du meilleur et la crainte du pire. Un jour avec, un jour sans et la peur au ventre d’avoir vendu trop tôt ou d’avoir trop attendu…
Les cours passent de plus de 300 euros la tonne de blé (Rouen) voilà un an, à moins de 200 euros ces dernières semaines, c’est-à-dire les prix de l’automne 2006. Les économistes nous avaient alertés sur les risques d’une grande volatilité des prix. Force est de reconnaître qu’ils ne se sont pas trompés et les financiers opportunistes qui ne voient les céréales que sur les tableaux de leurs écrans d’ordinateurs, non plus. Après avoir fait grimper artificiellement les prix, ils quittent le navire des céréales pour spéculer sur d’autres matières premières. Ce faisant, ils amplifient la chute des cours. Nous sommes loin de l’économie réelle fondée sur la création d’une richesse objective. Cette ère de la financiarisation de l’économie ne peut générer qu’instabilité et drames.
Le prix des engrais a doublé en cinq ans !
En revanche, l’augmentation des coûts de production agricole est confirmée et ne connaîtra pas les mêmes variations à la baisse que les prix des céréales. Par rapport à la récolte 2006 et à rendements constants, l’accroissement du coût de production du blé tendre en France aura été de 10 à 15 euros la tonne pour la récolte 2008 et il pourrait être de 35 à 45 euros pour la récolte 2009. Les engrais azotés simples, types d’engrais le plus couramment utilisé par les producteurs français de céréales, ont vu leur prix progresser de 35 % entre mai 2007 et mai 2008 alors qu’ils n’ont jamais cessé d’augmenter depuis 2 000 pour voir leur prix doubler en cinq ans ! D’un côté, des augmentations de charges certaines. De l’autre, des prix des céréales soumis à la loi d’un marché spéculatif. Les producteurs n’ont rien à gagner de la dérégulation qui s’installe. Ils le savent si bien qu’ils réclament à l’unisson la protection de l’Europe et de sa Pac. Il n’est plus temps de taper sur l’Europe comme nous l’avons trop souvent fait en oubliant qu’elle était la seule protection d’un modèle économique qui expire. Pourvu qu’il ne soit pas trop tard !
Serge Berra
Selon vous, la crise financière actuelle aura-t-elle un impact sur l'agriculture ?





