Le Jura Agricole et Rural
Mieux gérer les reliquats azotés
Campagne post-récolte
Jura agricole et rural
Publié le:  04 septembre 2008
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Pour la troisième année consécutive, une campagne de reliquat azoté post-récolte (RNPR) a été organisée par la Chambre d’agriculture du Jura.

Cette action a principalement deux objectifs : d’une part, de mieux connaître la quantité d’azote restant dans le sol après la récolte d’une céréale d’hiver. Surtout après une récolte comme celle de 2008, pour laquelle les rendements sont inférieurs aux prévisions.  D’autre part, d’alerter les agriculteurs si cette quantité est plutôt élevée. Et si oui, de proposer des solutions pour gérer au mieux cet azote restant dans le sol, en implantant un couvert végétal en cas d’interculture longue.


Résultats RNPR 2008
Tous les prélèvements ont été effectués le 29 juillet principalement sur des parcelles de blé après récolte dans le secteur du Val de Seille. La valeur mentionnée correspond à la quantité d’azote disponible pour la plante (kg/ha.) C’est-à-dire sous forme nitrique pour chacun des horizons prélevés (1 à 3 de 30 cm chacun, soit 90 cm de profondeur maximum), plus sous forme ammoniacale pour le premier horizon uniquement.
L’échantillon est composé de 16 parcelles où l’on dispose à la fois du Reliquat Sortie Hiver (RSH) et du RNPR. La profondeur de sol est de 90 cm excepté pour 4 parcelles où il est de 30 cm (2) ou de 60 cm (2).
Les résultats mentionnés dans le tableau 1 indiquent :
- Une variabilité plus importante pour les RNPR (17 à 106 kgN/ha) que pour les RSH (10 à 58 KgN/ha)
- Une moyenne générale des RNPR (46 KgN/ha) plus élevée que celle des RSH (30 KgN/ha) soit + 50 %.
- Pour les RSH, la valeur croît avec la profondeur du sol, alors que pour les RNPR il n’y a pas de relation directe entre la profondeur du sol et la valeur du RNPR. Cependant il est nécessaire de rester prudent étant donné le faible effectif de parcelles.
L’année 2008 se caractérise par des rendements inférieurs à ceux prévus dans le calcul prévisionnel de la dose d’azote. Pour l’échantillon concerné, en moyenne 11 q/ha. Ce qui implique une surfertilisation moyenne de 30 kg d’azote/ha. On pouvait donc s’attendre à ces RNPR plus élevés. Mais une valeur de surfertilisation très élevée n’entraîne pas forcément un RNPR très important.
Au regard du graphique 1, pour une surfertilisation de 10 ou de 75 KgN/ha, on peut obtenir un même RNPR d’environ 40 KgN/ha.
Ce faible écart de RNPR pour des niveaux de surfertilisation différents s’explique en grande partie par la valeur du taux de protéines qui varie de 10,5 à 13 %. En effet, 10 KgN/ha est nécessaire pour augmenter le taux de protéines de 0,2 point soit 50 KgN/ha pour 1 point de protéines en plus.
A noter également, que l’historique de la parcelle semble avoir un effet important sur la valeur du RNPR (retournement de prairie, apport de matière organique…).
Il ne semble pas avoir eu de lessivage puisque les premiers horizons totalisent en moyenne les deux tiers de l’azote. Cela explique pourquoi dans les sols superficiels à moyennement profonds, les RNPR sont quasi équivalents aux sols profonds.
En terme de RNPR, l’année 2008 (RNPR moyen de 46 kgN/ha) est comparable aux années précédentes (52 kgN/ha en 2006 et 45 kgN/ha en 2007). L’implantation d’une interculture conserve donc tout son intérêt.


Intercultures
L’intérêt des intercultures dans la gestion des fuites d’azote hivernale est primordial. En effet, la lixiviation des nitrates est minimisée par les couverts car leur présence permet de limiter les quantités d’azote dans le sol à l’entrée de l’hiver.
De nombreux travaux sur les couverts végétaux ont démontré leur efficacité dans la lutte contre le lessivage et l’érosion. Ces études montrent également l’intérêt des intercultures en terme de structuration des sols. Un couvert bien développé a un effet d’étouffement sur les adventices présentes. Par contre, il faudra rester attentif à la population de limaces, surtout si le couvert implanté est appétant pour elles.
Les essais menés depuis 2002 dans le cadre des contrats de rivière Seille, Loue et Orain par la Chambre d’agriculture du Jura, confirment les études citées précédemment : les couverts permettent de limiter le lessivage de l’azote par rapport au sol nu.
2 conditions pour estimer le lessivage :
- On estime que la somme la plus importante du reliquat azoté à l’entrée de l’hiver et de l’azote absorbé par le couvert (sans légumineuse) représente la quantité totale d’azote produite par ce sol pour cet automne.
- On estime qu’avec le couvert qui a cette somme la plus importante il n’y a pas eu de lessivage.
Pour l’expérimentation implantée en août 2007 à Rahon, le graphique 2 montre une estimation du lessivage sur cet essai.
La somme du reliquat azoté à l’entrée de l’hiver et de l’azote absorbé par le couvert (sans légumineuse) la plus importante (101 unités) est atteinte par le Chlorophiltre DG.
Avec le raisonnement explicité précédemment, on peut estimer que le sol nu a été lessivé de 60 unités d’azote. Le couvert ayant le moins bien fonctionné a, lui, laissé partir 34 unités soit 26 de moins que le sol nu. Sur toutes les expérimentations de ce type, menées dans le cadre des contrats de rivière, la présence d’une culture intermédiaire, par rapport au sol nu, à permis de réduire le lessivage d’azote de 16 à 100 %.
Le tableau 2 montre les quantités moyennes d‘azote absorbées par les couverts sur les expérimentations menées depuis 2002. Il faut préciser que les résultats sont assez homogènes entre les différentes campagnes, la hiérarchie d’absorption d’azote est globalement la même tous les ans. Les petites différences constatées peuvent s’expliquer par les dates de semis et les conditions climatiques différentes qui n’ont le même impact positif ou négatif sur les diverses espèces expérimentées.
La synthèse des essais menés depuis plusieurs années par la Chambre d’agriculture permet d’arriver aux conseils suivants. Des couverts assez simples comme de la moutarde, des avoines d’hiver ou de printemps avec ou sans vesce permettent de capter des quantités d’azote intéressantes, tout en maintenant une bonne structure. D’autres résultats d’essais montrent que les associations de plantes donnent encore de meilleurs résultats, mais cela demande encore confirmation dans nos essais locaux.
Le tableau 3 donne les caractéristiques de quelques espèces utilisables en interculture.
Les températures de destruction par le gel sont données pour des plantes bien développées. Pour des plantes jeunes, le froid devra être plus intense afin d’arriver à une destruction totale du couvert. Le nyger semble être une plante intéressante en interculture. En effet, il est capable de capter de grandes quantités d’azote, son système racinaire pivotant est réputé pour améliorer la structure des sols et enfin en étant gélif, il ne demandera pas d’intervention particulière pour sa destruction. Vu notre expérience de 2007, et les préconisations du semencier, cette espèce est à implanter au plus tard début août.
Il faut souligner que, quels que soient le couvert et l’importance du reliquat azoté post-récolte, la présence d’une plante de couverture hivernale permet dans tous les cas de limiter les pertes d’azotes, l’érosion et d’entretenir voire améliorer la structure du sol.
De plus, les intercultures absorbent également du phosphore et de la potasse. Le Comifer (Comité français d’étude et de développement de la fertilisation raisonnée) affirme aujourd’hui que ces éléments absorbés par les couverts sont totalement disponibles pour la culture suivante.
Tous ces avantages peuvent donc permettre d’amortir largement l’implantation d’un couvert sur l’ensemble d’une rotation.

Florian Bailly-Maître - Patrick Chopard - Stéphane Joud
Chambre d’agriculture du Jura

P.S. Tous nos remerciements aux agriculteurs qui ont mis à disposition leur(s) reliquat(s) azoté(s).

VOIR TABLEAUX ET GRAPHIQUES DANS NOTRE ÉDITION PAPIER 


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