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La rénovation est une technique coûteuse, à réserver aux prairies peu productives, à végétation fortement dégradée |
La présence de nombreuses espèces indésirables dans une prairie, sa faible productivité peuvent conduire à la décision d’une rénovation totale : labour et resemis. C’est une voie coûteuse qui modifie fortement la prairie.
Plusieurs raisons peuvent conduire l’éleveur à souhaiter améliorer la production fourragère par rénovation des prairies : recherche d’une plus grande sécurité des stocks, reconstitution des stocks après une sécheresse, recherche de davantage d’autonomie (fourragère ou en concentrés), rentabilisation des outils de fauche, accroissement du cheptel, ou tout simplement réparation d’une prairie dégradée par un accident.
Le préalable à la mise en œuvre d’une méthode d'amélioration rapide et coûteuse comme la rénovation est une réflexion de fond sur la destination de la prairie. « Il est inutile de modifier l'état d'une prairie, s'il n'y a pas volonté ou possibilité de valoriser ce nouveau capital de production d'herbe », explique-t-on au Gnis. « Si on n’est pas capable de maîtriser le pâturage, d'ajuster le chargement en conséquence, d'adopter des techniques de pâturage appropriées, on risque de se retrouver rapidement à l'état initial de dégradation. »
L'intervention sur la prairie peut induire des changements importants dans le système d'exploitation. Elle va modifier l’équilibre fourrager de manière importante, notamment si elle passe par une destruction totale, que ce soit par désherbage ou retournement de certaines parcelles. En effet, ce mode d’intervention va provoquer une rupture provisoire de la production.
Rupture de la production
« Cette interruption est limitée lorsque les travaux de rénovation sont effectués en automne, où l'on ne perd guère que la repousse d'automne. Elle est plus importante au printemps car la production de l'année est réduite de moitié. Il faut aussi tabler sur un décalage de production de 20 à 25 % en première année d'exploitation par rapport à la normale. » Toutefois, le problème est moins important dans la mesure où la rénovation ne concerne que des surfaces limitées.
Elle doit aussi s’appuyer sur un diagnostic : observation de la flore, du sol, densité et régularité du tapis végétal… « La rénovation de la prairie n'élimine pas les causes qui avaient conduit à sa dégradation, mais elle permet de repartir sur une base saine. Pour préserver ce nouvel acquis et rentabiliser l'investissement il est important que l'éleveur prenne conscience de la nécessité de raisonner l'entretien et l'exploitation de sa parcelle. »
La rénovation avec labour n'est possible qu'avec des sols relativement faciles à travailler. « Il est recommandé de procéder à un déchiquetage de la prairie et de la pelisse à l'aide d'un cultivateur rotatif à axe horizontal », précise-t-on au Gnis. L’intérêt de cette étape est de déchirer physiquement le feutre racinaire, cette couche de matière organique, composée de feuilles, de tiges et de racines d’herbes en voie de décomposition, qui s’accumule entre la végétation et le sol, et qui peut être un obstacle au développement du système racinaire. Le choix de la période de labour va dépendre du type de sol : en automne pour les sols argileux, en hiver pour les sols limono-argileux, et au printemps, juste avant le semis pour les sols limoneux ou sableux. La profondeur de labour sera choisie en fonction de l’épaisseur de terre arable. « Après le labour, on prépare le lit de semences au printemps par des façons superficielles. Le semis s'effectue au semoir classique et est suivi d'un roulage. »
Cette technique de rénovation offre plusieurs avantages. D’une part les matières organiques sont mieux enfouies, ce qui favorise leur décomposition. Le terrain est plus facile à travailler, et le sol est plus meuble en profondeur, ce qui facilite un bon enracinement de la nouvelle prairie. Mieux protégées, les semences germent dans de bonnes conditions et la levée des espèces délicates est facilitée. Les dégâts dus aux limaces sont mieux maîtrisés. Enfin, on évite le recours à un produit désherbant total.
Attention au lessivage des nitrates
Toutefois, côté inconvénients, les couches de terre sont inversées, et le sol se trouve un peu déstructuré. « Les argiles et cailloux se retrouvent en surface. Les pelisses, si elles n'ont pas été déchiquetées, auront du mal à se décomposer en profondeur. » Le coût des travaux est plus important que dans le cas d’un simple resemis après désherbage total à l’automne, et l'accès est plus difficile en terres humides, rocailleuses ou accidentées. Il y a risques de "déchaussement" des jeunes plantes. Les dégâts de piétinement sont plus importants, et la portance de la parcelle diminue... En outre, cette méthode favorise la battance des sols limoneux et l'érosion dans les pentes. « La minéralisation de la matière organique - et donc le lessivage des nitrates - est favorisée, surtout s'il s'agit d'un labour d'automne. »
Alexandre Coronel d’après les données du GNIS
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