Le Jura Agricole et Rural
État des lieux
Loup et élevage ovin
Jura agricole et rural
Publié le:  02 octobre 2008
Page 6 

Les mesures de protection du troupeau, lourdes à mettre en œuvre, n’éliminent pas complètement le risque de la prédation

Les effectifs du loup progressent en France, ainsi que son aire de présence attestée. La cohabitation entraîne de nouvelles contraintes pour l’élevage ovin : adaptation du mode de conduite des troupeaux, investissement dans des moyens de protection et travail supplémentaire…

Le loup est un animal furtif, difficile à voir à cause de ses mœurs nocturnes et de sa méfiance envers l’homme, ce qui rend délicat le dénombrement de l’espèce. Eric Marboutin de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, a fait le point sur la situation française, en s’appuyant sur les données recueillies par le dispositif de suivi du loup. « Nous utilisons plusieurs méthodes pour compter les individus, mais nous avons toujours un temps de retard entre l’arrivée d’un individu sur un territoire et sa détection à travers un indice recueilli par une personne formée… »

Le pistage hivernal (les traces laissées dans la neige fraîche), les carcasses d’ongulés, les fèces, les réponses aux hurlements émis par les agents de l’ONCFS à l’aide de cônes de chantiers… constituent autant de signes précieux bien qu’insuffisants pour évaluer la population lupine. « L’indice le plus fiable est celui de la signature génétique, que l’on peut établir à partir des excréments. Actuellement on estime à 150 le nombre de loups présents sur le territoire. »

150 loups sur le territoire français
Cette population tend à augmenter régulièrement en effectifs, tandis que son aire de présence s’accroît également. « On distingue les individus en dispersion, avec des détections occasionnelles, des groupes installés sur des “zones de présence permanentes’’ où ils sont détectés régulièrement. A mesure que le loup s’étend, il entre en contact avec des troupeaux encore non protégés sur le front de colonisation, ce qui se traduit par une forte augmentation des foyers d’attaques. Depuis deux ans, on semble assister à une stabilisation (avec une diminution des dégâts sur les troupeaux) mais il faut rester prudent et prendre du recul avant de pouvoir tirer des conclusions. »

Laurent Garde, du Centre d’Etudes et de Réalisations Pastorales Alpes Méditerranée (CERPAM), est pour sa part revenu sur les 15 ans de « cohabitation subie » des éleveurs des Alpes du Sud avec le loup. « Le contexte du pastoralisme dans cette région se caractérise par un milieu très hétérogène, qui va du climat méditerranéen à la haute-montagne, avec des ressources fourragères rares, dispersées, une grande irrégularité des précipitations. En termes de conduite de troupeau, cela se traduit par des troupes ovines nombreuses, beaucoup de déplacement (les parcours), de grosses marges de sécurité et une grande souplesse pour pouvoir s’adapter aux variations d’une année sur l’autre. Un quart de la superficie régionale en PACA est pastorale. »

Des fondamentaux qui s’opposent
Le retour du loup dans ce contexte a profondément déstabilisé un système pastoral qui fonctionnait sans lui depuis des décennies. « Paradoxalement, le rôle environnemental d’entretien des espaces pastoraux par l’élevage ovin s’est retrouvé en porte-à-faux avec l’arrivée de ce nouvel acteur de la biodiversité : les fondamentaux de la conduite des animaux au pâturage s’opposent en effet aux fondamentaux de la protection des troupeaux (gardiennage renforcé, chiens de protection et parcage de nuit).
 
Le parcage de nuit par exemple augmente les risques d’érosion, il diminue le temps des animaux passé à brouter. Dans le Queyras, les éleveurs ont délaissé les pâturages d’altitude difficiles à protéger et intensifié le pâturage dans les zones plus basses, au risque de les dégrader… Sans oublier tous les problèmes posés aux autres utilisateurs de la montagne (randonneurs, chasseurs…) par la présence des chiens de protection. Plusieurs arrêtés municipaux de communes de montagne interdisent déjà ces chiens de protection pour ne pas nuire au tourisme, et certains maires refusent désormais de louer des estives aux éleveurs ovins. »

Dans leur grande majorité les éleveurs ovins concernés par la présence du loup ont adapté leurs pratiques pour protéger leur cheptel : « les pertes se sont stabilisées à un niveau élevé. Mais au-delà des pertes directes – en principe indemnisées – il faut aussi considérer les fortes contraintes générées par la présence du loup. La protection du troupeau se traduit par une importante quantité de travail supplémentaire : pour la surveillance, le dressage des chiens, le regroupement des animaux, l’entretien des parcs… autant de temps qui n’est plus disponible pour la vie sociale et familiale. La mesure “aide-berger’’ est loin d’être un luxe ! », conclut le spécialiste.


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