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Les charges explosent, le revenu agricole recule
Informations économiques
Jura agricole et rural
Publié le:  05 novembre 2008
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La conférence sur le revenu promise par le ministre de l’Agriculture se déroulera la semaine prochaine. Dès cette semaine, l’interprofession laitière doit décider du prix du lait pour le prochain trimestre. En quelques mois, tous les voyants sont passés du vert à l’orange et parfois, comme pour les charges d’exploitation, les voyants sont carrément rouge écarlate !

Le 7 novembre, à l’appel de la Fnsea et des Jeunes agriculteurs, de nombreuses manifestations se dérouleront sur l’ensemble du territoire national.

Cette mobilisation fait suite aux actions conduites en mai dernier pour dénoncer l’augmentation des charges au titre de l’alimentation du bétail, des engrais et de l’énergie. Pour calmer la colère des agriculteurs, Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture avait accepté de réunir en novembre une conférence sur le revenu. Nous y voilà et la semaine prochaine doit en effet se tenir cette conférence. Depuis, les charges sont restées à leur niveau élevé et les prix des produits agricoles se sont effondrés.

Dans nos régions de polyculture élevage les conditions faites aux éleveurs déterminent l’ambiance sociale agricole. Les ingénieurs de l’Institut de l’élevage viennent de produire leurs premiers éléments d’analyse.


Pour eux, « en 2008, la hausse des coûts de production avec l’augmentation des prix des aliments et du prix de l’énergie (carburants, engrais…) affecte directement la rentabilité des élevages. Par ailleurs, pour certaines filières, la conjoncture économique des prix à la production est également un facteur de dégradation des résultats économiques des exploitations d’élevages.  Enfin, l’épidémie de FCO vient encore compliquer les choses ». On le voit, l’élevage cumule les handicaps que démontrent les graphiques que nous publions.

Céréales et tourteaux

Les matières premières, céréales et tourteaux ont fortement augmenté en valeur entre 2006 et 2007. Pour l’année 2008, les prix sont élevés, mais l’augmentation est moindre, en lien avec des facteurs favorables à la baisse des prix. Les quantités de céréales récoltées en Europe et dans le pourtour de la Mer Noire (Ukraine, Russie) sont en hausse et les surfaces emblavées en soja en Amérique du Sud sont en nette progression. Cependant, des facteurs de tensions restent perceptibles en lien avec les phénomènes climatiques qui peuvent affecter les cultures ou les cours toujours élevés du pétrole qui augmentent le coût du fret.

Engrais et amendements

Au plus haut, le cours du pétrole a augmenté de 240 % entre 2003 et 2008. Malgré une diminution significative ces dernières semaines, le prix du baril de brut reste élevé avec une forte volatilité. La raison de fond de l’accalmie tient à la morosité économique, notamment aux Etats-Unis, où la consommation d’essence a chuté. Du coup les stocks se sont reconstitués et le cours baisse. Cependant, le moindre conflit international dans une zone clé peut entraîner un affolement des cours et la saison des ouragans dans le Golfe du Mexique n’est pas terminée. Le prix des engrais est étroitement lié à celui du pétrole. Ainsi, l’augmentation des engrais et amendements reste significative avec des prix élevés, annoncés pour fin 2008.

Pour les bovins lait

Certes, le prix de base moyen du lait devrait atteindre un pic pour l’année civile 2008, mais on peut craindre que cette embellie ne dure très longtemps. Si les producteurs de lait voient leur produit plutôt conforté en 2008, ils sont eux aussi très largement touchés par l’augmentation des charges. Cela concerne en particulier les exploitations de montagne qui cumulent un plus fort impact de l’augmentation de la valeur des achats et une plus faible augmentation du prix du lait que les exploitations de plaine.

Pour les bovins viande

En 2008, l’augmentation des dépenses liées à l’énergie (carburant, transport et électricité) contribue à la moitié de la hausse des charges de structures dans les élevages bovins viande. L’augmentation du prix du carburant joue indirectement sur l’ensemble des nouveaux coûts d’approvisionnement et des frais de commercialisation des bovins. Mais les éleveurs ont d’abord ressenti l’augmentation de 35% de leur facture de gas-oil. Le surcoût de carburant s’élève en moyenne à 17 euros par ha avec des variations entre les systèmes tenant à la place des cultures de ventes et fourragères ainsi qu’au dimensionnement des exploitations.

Pour cette période, la chute des prix des broutards est estimée entre -10% et -15% par rapport à la campagne 2006 selon les catégories, races et poids des animaux. Pour les naisseurs, le manque à gagner commercial risque d’être important : près de 10 000 euros pour un élevage charolais de 100 vêlages, producteur de broutards lourds.

Pour les systèmes naisseurs-engraisseurs, les cours des jeunes bovins ne reviennent au niveau de 2006 que lentement après la crise de débouché vécue en 2007. Les tarifs du printemps 2008, lors des principales sorties, sont encore en repli d’environ 5 % par rapport à 2006. La baisse du produit bovin pourrait se situer entre -7 et -10 % par rapport à 2006.
Enfin, la volatilité des prix est une préoccupation qui s’ajoute aux variations de marché. Elle réduit la lisibilité que les acteurs peuvent avoir du marché à terme et induisent une forte dérégulation des trésoreries des éleveurs.

Pour les ovins
De 2006 à 2008, l’envolée des prix des charges a majoré le coût de production du kilo de carcasse d’agneau de près de 1 euro. A elle seule, l’augmentation de 33% du prix des concentrés achetés induit un accroissement des coûts de production de 0.20 à 0.40 euro par kilo de carcasse d’agneau.  La petite embellie observée sur le prix des agneaux permet tout juste de compenser la baisse des aides, hors aides « de minimis ». Dans un contexte d’extension rapide de la FCO, les élevages ovins sont de plus en plus fragilisés et on peut craindre une accélération du recul du cheptel français.




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