Le Jura Agricole et Rural
«La Pac comme politique d'investissement…»
Michel Barnier en visite à Poligny
Jura agricole et rural
Publié le:  21 novembre 2008
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Les agriculteurs jurassiens comptent sur la conviction et la détermination de leur ministre I. Pouget

À l'occasion de son passage en Franche-Comté, le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier a fait une halte dans les locaux de l'Enil Bio à Poligny. Il a visité les aménagements les plus récents de l'École nationale d'industrie laitière et apporté quelques précisions sur le bilan de santé de la Pac.

Michel Barnier, en visite officielle en Franche-Comté ce vendredi 14 novembre, était accompagné par Alain Joyander, le « régional de l’étape », en tant que secrétaire d’État chargé de la Coopération et de la Francophonie.
 
Après l’inauguration du salon « Doubs, terre d’élevage » en fin de matinée, à Besançon-Micropolis, et un déjeuner de travail avec les représentants des organisations professionnelles agricoles et les élus (parlementaires, et présidents des conseils généraux et régional), ministre et secrétaire d’État sont intervenus à la faculté de droit sur le thème « Sécurité alimentaire : qui va nourrir le Monde ? ».
Cette visite officielle s’est terminée dans le Jura sur le Domaine Henri Maire et par une visite de l’École nationale d’industrie laitière de Poligny.
 
Ils ne sont donc pas passés par la Haute-Saône…« C’est aussi bien », considère Thierry Chalmin, le président de la FDSEA, car « les conditions n’étaient pas réunies pour les recevoir correctement », allusion aux actions concernant le prix du lait.

Et après six mois…
« À quelques jours du Conseil européen de l’agriculture sous votre présidence, pouvez-vous nous apporter un certain nombre d’éclairages  sur l’avenir de la Pac, que restera-t-il Monsieur le Ministre, des six mois de présidence française ? » C’est en ses termes que Dominique Chalumeaux, président de la chambre d’agriculture a conclu son adresse au ministre de l’Agriculture, à Poligny.
 
Le représentant de l’agriculture jurassienne n’a pas manqué de rappeler combien les agriculteurs  comptent sur « la conviction et la détermination » de leur ministre, notamment face aux aléas des marchés agricoles et des événements récents qui bouleversent l’économie mondiale « et qui influenceront forcément les décisions à venir sur l’adaptation de la Pac ». Plaçant volontairement son propos sur le champ européen – la situation de l’agriculture et la conférence sur le revenu ayant été abordées quelques heures plus tôt, avec les représentants des organisations agricoles (voir page 4) –, le président de la chambre d’agriculture a quand même tenu à rappeler les enjeux pour l’agriculture jurassienne.
 
« Vous êtes ici dans un territoire difficile où les producteurs n’ont dû leur salut qu’en se plaçant depuis très longtemps sur des filières de qualité, a-t-il déclaré. Mais aujourd’hui cela ne suffit plus. Si la viticulture en proie à des difficultés croissantes subsiste encore quasiment sans aucun soutien, il y a bien longtemps que la filière comté qui absorbe dans le Jura plus de deux litres de lait sur trois, n’aurait pas survécu sans la politique des soutiens à la montagne, ICHN,  PHAE, bonification, DJA majorée, aide aux bâtiments au ramassage du lait, etc.»

Des soutiens spécifiques aux zones difficiles qui ont permis une forte dynamique agricole et des emplois induits partout sur le territoire. Claude Vermot-Desroches, président du CIGC, a également rappelé l’importance pour les AOC, alors que la contrainte quota se desserre, « d’une maîtrise de l’offre ou au moins de leur croissance ».
Une bataille qui n’est pas encore gagnée au niveau européen même si un premier amendement a pu être déposé en ce sens.

Des soutiens aux zones difficiles
Michel Barnier avait déjà eu l’occasion de visiter l’Enil Bio de Poligny en qualité de commissaire européen. Pour cette deuxième visite, il s’est dit frappé par la modernité des lieux et par la passion des jeunes qui bénéficient de formations de très haute qualité technologique. « Modernité et tradition : ces valeurs fortes des AOC s’illustrent ici de manière éclatante », insiste le ministre savoyard qui partage cette culture des AOC.

Quant aux soutiens aux zones agricoles difficiles, il en est le fervent défenseur et ne manque pas d’argument : « Je me bats pour que l’on ne parle pas de la Pac comme une politique d’assistance mais d’investissement. Ce que reçoit la Ferme Europe, c’est le prix de l’investissement dans une Pac basée sur un modèle territorial et de qualité. La suppression de la Pac coûterait beaucoup plus cher et nous conduirait vers l’industrialisation de l’agriculture ».

À quelques jours du dernier conseil européen qui devrait conclure le bilan de santé de la Pac, le ministre estime que l’on a évité le pire, à savoir une suppression de tous les outils de régulation et une modulation massive qui aurait transformé la politique agricole en politique rurale. Dans le domaine de l’environnement et de la biodiversité, il considère que « les paysans n’ont pas besoin qu’on leur fasse de leçons mais qu’on les aide à amplifier le virage ».

Le représentant de l’agriculture française sait que ces convictions ne sont pas partagées par tous les pays européens et que des points de désaccord subsistent avec la Commission européenne, notamment sur la place de l’agriculture dans les échanges mondiaux : « on ne peut pas laisser l’alimentation à la seule loi du marché », déclare Michel Barnier, qui souhaite garder une architecture du type intervention.
 
Autre point de désaccord : le taux de modulation.La France réclamait 0%, d’autres pays 8%, « ce sera sans doute un compromis entre les deux, autour de 4% », avance le ministre. Un compromis assorti de plusieurs conditions : élargir le champ de la politique du deuxième pilier pour qu’il puisse, par exemple, accompagner la production laitière en zones sensibles ou aider à la réduction de la dépendance énergétique en carburant sur les exploitations.
 
Autres conditions : obtenir un taux de cofinancement des politiques du deuxième pilier plus faible (la règle étant qu’État et Région doivent cofinancer les mesures dès lors que l’Europe apporte des crédits). Et enfin, le dernier point concerne les quotas laitiers où certains pays réclament une augmentation anticipée de la production avant 2012. « J’essaie de limiter cette augmentation et d’obtenir un accompagnement de la politique laitière ».
 
Le ministre de l’Agriculture n’a pas éludé la difficile question de la redistribution des soutiens entre les productions agricoles. « Nous devons essayer de proposer des mesures justes et garder des soutiens à l’élevage. Les céréaliers ont une perspective de prix durablement élevée et ont intérêt à garder leurs clients que sont les éleveurs. Nous avons nécessairement un débat national à avoir... » Sur ce point, Yves Camuset, responsable de la commission Grandes cultures de la chambre d’agriculture, aurait voulu apporter une réponse. Le temps du ministre étant compté, le débat n’a pu s’engager mais rendez-vous est pris pour début décembre.
 
Lors de cette entrevue, la FDSEA et les JA comptent attirer l’attention du ministre sur quelques dossiers plus locaux comme l’impact de la réforme des zonages européens, la réindustrialisation du bassin sucrier, l’abattoir de Champagnole, le financement inexistant des mesures Natura 2000...

« Que restera-t-il des six mois de présidence française ?» a interrogé Dominique Chalumeaux I. Pouget

Le ministre a été frappé par la modernité des locaux de l’Enil de Poligny, qu’il a visités pour la deuxième fois I. Pouget




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