Une baisse de 15% sous la pression des charges
Revenu agricole 2008
Jura agricole et rural
Publié le: 23 décembre 2008
Page 19
|
La production de bovins viande a vécu une bien mauvaise année 2008 |
La flambée des prix agricoles de 2007 n’est plus qu’un souvenir. Succédant à une progression des revenus des exploitations de 24 % l’an dernier, c’est une baisse de l’ordre de 15 % qui est constatée pour 2008. Telles sont les conclusions de la commission des comptes de l’agriculture sur la base des statistiques prévisionnelles du ministère de l’Agriculture.
C’est, principalement, la hausse des coûts de production qui est à l’origine de cette baisse des revenus. Tandis que les producteurs de lait et de vin ont réussi, grâce à des prix soutenus en début d’année, à compenser ces charges, les éleveurs de bovins à viande, d’ovins, les maraîchers, arboriculteurs et producteurs de grandes cultures subissent une réduction très forte de leur rémunération.
Globalement, le revenu paysan se retrouve à son niveau de 2000. Mais cela n’a été possible que grâce à la concentration des fermes : le nombre des agriculteurs se réduit de l’ordre de 2,5 % par an.
Après la flambée des prix agricoles l’an dernier, voici la flambée des coûts de production en 2008. Ils ont pesé lourd dans l’équation du revenu des agriculteurs, si l’on en juge par les données des statisticiens du ministère de l’Agriculture.
Globalement, le revenu agricole s’affiche en réduction de 15 % hors inflation par rapport à celui de 2007. La baisse est de 14 % pour les seules exploitations professionnelles. Partout, les coûts de production ont explosé : l’énergie, les aliments du bétail, les engrais, etc. L’ardoise payée par les agriculteurs s’est alourdie dans tous les « compartiments » du métier.
Tout cela est facteur de hausse des prix dont pâtissent les consommateurs sans que les agriculteurs en profitent… puisqu’ils reversent à leurs fournisseurs ce qu’ils gagnent sur leurs clients.
Les producteurs bovins à viande en difficulté
Seuls deux ou trois métiers s’en sortent : les producteurs de lait, d’abord (+23% pour leur revenu), dont la forte hausse des prix en début d’année a permis de compenser des coûts plus élevés.
On sait que depuis octobre, ce n’est plus le cas ; dans les premiers mois, constatent les statisticiens du ministère de l’Agriculture, la bonne tenue des prix du lait a incité les éleveurs à retarder l’abattage des vaches de réforme et produire le maximum de lait. L’élevage bovin à orientation viande est aux antipodes de cette situation. Les coûts de production augmentent du fait des aliments du bétail tandis que le volume produit est stable avec des prix en légère hausse.
L’équation conduit à une réduction du revenu de 32 %. La crise de la FCO a eu sa part dans cette baisse principalement pour les producteurs d’animaux maigres. La situation est également médiocre sur le moyen terme : la moyenne des trois dernières années comparée aux trois années précédentes révèle une baisse de 8 % des revenus des éleveurs de bovins à viande. La situation des éleveurs d’ovins, lanterne rouge des revenus agricoles, est également grave, avec 10 % de baisse des revenus en 2008.
Le hors-sol subit le coût des aliments
Le secteur hors sol a, lui aussi, connu une mauvaise année 2008. Le revenu s’affiche en baisse de 3 % (plus forte pour les éleveurs de porcs que pour les producteurs de volailles, disent les statisticiens).
Cause principale : la hausse des coûts des aliments du bétail qui a plus que compensé des prix qui se sont bien tenus tandis que les volumes produits ont été stables. Les maraîchers (-16 %) et producteurs de fruits (-26 %) s’en sortent plus mal encore, notamment du fait de charges d’exploitation en hausse de 9 % ou 10 % tandis que les volumes produits ont été sévèrement réduits du fait de conditions climatiques drastiques. Les viticulteurs sont dans une situation plus favorable. Ils retrouvent, expliquent les experts du ministère de l’Agriculture, des niveaux comparables à ceux de 2004.
Les stocks ont été réduits, les prix des vins s’améliorent. En viticulture courante le revenu s’améliorerait de 15 % et en AOC le progrès serait de 2 %. Cependant, du fait des retards de commercialisation de la production annuelle, les prévisions de revenus sont toujours à prendre avec précaution en viticulture.
Céréaliers : baisse des prix et hausse des charges
Champions du revenu l’an dernier, les producteurs de céréales et d’oléoprotéagineux voient se succéder une année très mauvaise. Leur revenu s’affiche globalement en baisse de 37 %. L’équation porte sur des prix de marché qui ont baissé, de l’ordre de 22 % pour les céréales par exemple, avec des augmentations importantes de coûts pour les engrais et l’énergie (+18%).
L’accroissement des récoltes, notamment dû à la suppression de la jachère obligatoire, ne compense pas ces phénomènes de prix. Pour les autres grandes cultures (betteraves, pommes de terre), le revenu est également en baisse, d’environ 25 %. Le phénomène de prix s’est combiné à une réduction des rendements.
Cependant, pour les grandes cultures, la rémunération des agriculteurs reste supérieure de 14 % à son niveau de 2003-2005. Ce n’est pas le cas de toute l’agriculture. Avec cette nouvelle diminution globale du revenu, le paysan français moyen retrouve un niveau qui était le sien en 2000. Entre-temps, le nombre d’exploitants aura baissé de 2,5 % en moyenne par an.
L'analyse de la FNSEA
Dans un communiqué diffusé le 16 décembre à propos des revenus de l’agriculture, la FNSEA estime que « l’agriculture va de spasmes en spasmes alors qu’elle a besoin de visibilité et de régulation ».
Selon la fédération, il n’existe plus de véritable filet de sécurité en agriculture. La situation mondiale des marchés associée à des hausses de charges mais aussi à des crises sanitaires telles que la FCO provoquent inquiétude et désarroi chez les paysans français. »
Un bon moyen de soutenir l’agriculture, selon la FNSEA, consisterait à engager le plan « agriculture et agroalimentaire » pour contribuer à la relance et à la création d’emplois. Président de l’APCA (chambres d’agriculture), Luc Guyau estime que « l’extrême volatilité des prix démontre toute la nécessité de maintenir ou de réinventer des instruments de régulation des marchés ».
Selon lui, « les choix nationaux du bilan de santé de la Pac devront plus que jamais contribuer à un meilleur équilibre des aides entre les territoires et les productions ». « N’est-il pas temps de proposer des solutions économiques intelligentes pour stabiliser et sécuriser le revenu des agriculteurs ? », interrogent à leur tour les Jeunes agriculteurs. L’organisation rappelle pour cela sa proposition de création d’un partenariat entre filières élevage et grandes cultures. Un partenariat « qui replace définitivement les agriculteurs au centre du système et qui permet à long terme de préserver le nombre d’exploitations en France. »
C’est également la question de la réorientation des aides Pac que pose la Fédération nationale bovine (FNB) qui, dans un communiqué « renouvelle son appel à la filière pour une meilleure rémunération de la production en amont et aux Pouvoirs publics afin que le bilan de santé de la Pac se traduise par une réelle politique d’orientation des soutiens à la hauteur des enjeux. » En deux ans, expliquent les éleveurs, « l’effondrement du revenu a été de 50 %, soit plus de 10 000 euros par éleveur ».
Autres articles associés
Archives
Newsletter GRATUITE
Sondage
La FRSEA Franche-Comté ainsi que 11 autres régions ont manifesté à Paris le 27 avril pour défendre les grandes cultures. Parmi les revendications suivantes, laquelle vous semble la plus importante :
Agenda
- 06 mars - 26 septembre 2010
Exposition à l'Écomusée



