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Jean-François Mathis : « Au départ la LGV touchait 20 % de la surface du pâturage |
Comment diminuer au mieux l’impact de la LGV sur les exploitations agricoles ? Grâce à une convention de partenariat avec les organisations professionnelles, une trentaine d’études ont été réalisées sur le parcours de ligne. L’exemple du Gaec Mathis, à Chavanne, en Haute-Saône.
La LGV ? La première information date de 1993, un pavé dans la marre à l’époque d’autant qu’il existait quatre fuseaux possibles », se souvient Jean-François Mathis exploitant à Chavanne en Haute-Saône en Gaec avec son frère et depuis peu avec son fils. Une centaine d’hectares à flan de collines, exploités essentiellement sous forme de pâturages avec du lait transformé en emmental Grand cru.
« Notre système est basé sur le foin, sans ensilage donc avec beaucoup de pâtures et de prés de fauche. » À l’époque des premiers sondages en 1997, « personne n’y croyait » d’autant qu’il fallait percer un tunnel de 2 km, le seul de tout le tracé avec des travaux considérables.
Pourtant l’enquête d’utilité publique terminée, il a bien fallu se rendre à l’évidence : la LGV entamerait la colline de Chavanne pour ressortir 2 km plus à l’Est sur la commune d’Aibre dans le Doubs. « Dès le départ, nous nous sommes mobilisés car l’impact sur notre exploitation était conséquent de l’ordre de 20 % de la surface des pâturages. De plus, nous avions réalisé des échanges, et nous nous étions organisés pour ne plus que nos vaches empruntent les rues du village. » Dans ces conditions, voir le tunnel « taper » dans une dizaine d’hectares de prairies et provoquer de grosses difficultés d’exploitation sur le parcellaire n’était pas envisageable pour la famille Mathis. « Changer de système, passer à l’ensilage, ou pire, partir et s’installer ailleurs n’était pas plus concevable », pense toujours Jean-François Mathis.
La carte au mur
Les premiers contacts avec RFF, avec la DDAF et la chambre d’agriculture de Haute-Saône ont été de pair avec le dispositif négocié au plan régional avec les organisations professionnelles agricoles y compris la Safer. Entre ce protocole régional, les modalités d’acquisition, les conditions d’indemnisation des préjudices subis, les remembrements avec ou sans inclusion d’emprises – 17 avec inclusions et 15 sans inclusion –, les discussions ont finalement permis d’aboutir à une convention de partenariat et notamment l’existence d’études particulières pour mesurer et compenser de manière satisfaisante les emprises et leurs conséquences sur les exploitations agricoles.
« Une trentaine d’études sur les exploitations les plus impactées ont ainsi été réalisées ; en fait ce sont des audits à partir d’une analyse du fonctionnement technique des exploitations concernées qui ont pour objet de déterminer lesdits impacts qu’ils soient temporaires ou définitifs que la LGV induit, le tout en proposant à la clé des solutions », indique de son côté Robert Pernet, le chef du pôle foncier de la LGV. C’est ce dont a pu bénéficier le Gaec des frères Mathis. Dire que pour autant tout s’est réglé facilement serait aller un peu vite car depuis presque dix ans, la LGV est le souci de tous les jours de Jean-François Mathis. La preuve ? La carte de l’exploitation avec le tracé demeure au mur de la salle à manger et les épais dossiers relatifs à la question encombrent la table…
« L’étude réalisée par les techniciens de la chambre sur les parcours, sur la réorganisation des pâturages, sur les chemins d’exploitation a permis de se mettre autour d’une table, de faire des propositions, de discuter et d’atténuer les préjudices. » Il faut dire que les choses n’étaient pas gagnées d’avance puisque schématiquement RFF a accepté de reculer l’entrée du tunnel de 190 mètres en réalisant un faux ouvrage avec des voûtes en béton qui seront recouvertes de matériaux puis de terre végétale. D’ici à l’été prochain, en principe.
« Nous avons pu ainsi modifier le tracé, récupérer 4 ha et continuer à avoir accès à des pâtures de l’autre côté de la ligne. Bien sûr les choses ont pris du temps, mais nous avons eu la chance d’avoir nos réclamations prises en compte », constate encore avec satisfaction l’exploitant. Au final, « le préjudice total devrait être de l’ordre de 6 ha, mais il reste encore pas mal de problèmes à régler et puis il ne faudra pas loin de dix ans pour que tout soit remis en ordre et que les derniers préjudices soient réglés ». Après, la LGV entrera définitivement dans le paysage.


