Vice-président de l’AGPM, président des irrigants de France, Daniel Martin est maïsiculteur dans la plaine de l’Ain. Pour lui, comme pour les céréaliers de Rhône-Alpes, les mesures prises par le ministre de l’Agriculture à l’occasion du bilan de santé de la Pac sont de réelles sources d’inquiétude, car elles mettent en péril les exploitations des régions difficiles comme celles des nouveaux installés.
Pour les céréaliers, l’annonce des mesures prises par le ministre Michel Barnier dans le cadre du bilan de santé de la Pac, n’a pas été réellement une surprise.
« Nous nous y attendions depuis quelques semaines », rappelle Daniel Martin, vice-président de l’Association française des producteurs de maïs. Ils espéraient pourtant « que la marche serait moins haute ».
En effet, même s’il est difficile jusqu’à présent d’avoir des simulations précises sur les conséquences de la baisse des aides sur les exploitations céréalières, car tous les prélèvements n’étaient pas définitifs, il est sûr que la pérennité de certaines exploitations est gravement mise en cause. « En Rhône-Alpes, explique Daniel Martin, les cultures céréalières possèdent moins de potentiel et moins de diversité que les régions du Nord-Bassin parisien.
Les exploitations de nos zones les plus difficiles ou les plus morcelées seront donc beaucoup plus sensibles aux prélèvements imposés par le bilan de santé, qu’il estime à une centaine d’euros par hectare ».
Deux cent cinquante euros par hectare
Et Daniel Martin se montre d’autant plus inquiet que cette diminution des aides est décidée à une période où les cours des céréales sont au plus bas : « Quand on parlait de bilan de santé, rappelle-t-il, c’était à un moment où les prix étaient très élevés et que l’on nous annonçait que ces cours dureraient… Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec des prix très bas, inférieurs de moitié par rapport à l’année dernière pour le maïs ».
La hausse parallèle du prix des intrants accentue encore ces craintes « Nous observons des hausses sur tous les intrants, en particulier sur les engrais, qui sont très importantes et, si cela continue ainsi, nous pouvons arriver à cent euros d’aide en moins et cent cinquante euros de charges en plus par hectare sur nos exploitations. On comprendra aisément que les exploitations qui génèrent deux cent cinquante euros de marge par hectare ne sont pas si nombreuses »…
Face à cette situation, les céréaliers demandent aux Pouvoirs publics, comme d’ailleurs à leurs opérateurs, de leur « redonner de l’espoir » et les aidant à être plus compétitifs. « Nous devons pouvoir être plus présents sur les marchés et pour cela, nous devrions pouvoir utiliser les techniques et les technologies d’aujourd’hui que d’autres utilisent déjà.». Ils souhaitent également que soient développés les débouchés industriels comme les biocarburants, la biomasse ou la chimie verte pour les oléoprotéagineux, même si ceux-ci ne sont pas très présents en Rhône-Alpes.
Mêmes droits, mêmes devoirs
Mais Daniel Martin espère aussi beaucoup sur un rebond des cours des céréales.
« Aujourd’hui, des céréales à cent, cent dix euros, ne sont plus soutenables pour nos exploitations.
L’AGPM et l’AGPB estiment qu’un prix de marché correct, qui nous permette de nous en sortir, tournerait autour de cent cinquante, cent soixante euros, voire cent soixante-dix pour le maïs ».
Il aimerait donc que les opérateurs soient vraiment conscients de cela et c’est pour cela qu’il estime que la baisse de moitié de la consommation d’engrais, cette année, et les impasses phytosanitaires réalisées par bon nombre d’exploitants sont un vrai message. « Si la baisse de leur chiffre d’affaires n’est pas un signe assez fort, on fera passer le message autrement… »
Les contraintes environnementales, chaque jour plus complexes, participent également à cette exaspération et à cette inquiétude.
Elles sont un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase, surtout quand le ministre demande aux agriculteurs d’être toujours plus compétitifs. « Qu’on nous donne les moyens de cette compétitivité », insiste Daniel Martin qui s’inquiète de voir les agriculteurs tchèques ou polonais manifester en nombre pour réclamer un rééquilibrage des aides européennes.
« Nous ne pouvons qu’être d’accord avec eux, dit-il, mais, pour cela, il faut que tous les agriculteurs européens partagent également les mêmes contraintes et les mêmes charges sociales et environnementales.
En fait : même droits, mêmes devoirs ».


