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« Ne pas s’endormir sur ses lauriers »
Yves Feydy, président de la Frora
Jura agricole et rural
Publié le:  26 mars 2009
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Après avoir manifesté à l’automne dernier pour demander un rattrapage de leur revenu, les éleveurs ovins ont obtenu gain de cause. Yves Feydy, président de la Frora, parle d’un tournant historique et évoque les autres combats à mener pour pérenniser la filière.

Comment percevez-vous les décisions du ministre de l’Agriculture en matière de rééquilibrage des aides Pac ?

« C’est un tournant historique pour l’élevage ovin qui réclamait un rééquilibrage de ses soutiens. Les mesures annoncées par Michel Barnier le 23 février, en faveur des filières en difficulté, satisfont pleinement nos demandes.
En mobilisant 160 millions d’euros pour la production ovine en 2010, cela va permettre de ramener le niveau de la prime à la brebis sur celui de la PMTVA(1). En équivalence UGB, cela représentera 21 euros directement couplés à la brebis. Auxquels s’ajoutent 6 euros que nous avons déjà obtenus pour 2009, et jusqu’en 2013, au titre des DPU (2) dormants. Au total, cela fait bien 27 euros soit l’exact montant pour lequel nous nous sommes battus l’automne dernier. »

Les éleveurs ovins ne peuvent plus désormais se considérer comme « les oubliés de la Pac »...

« Effectivement, la filière ovine est désormais à armes égales avec les autres filières animales et ce n’est que justice. D’autant plus que nous bénéficierons aussi de la nouvelle politique herbagère dotée de 700 millions d’euros. C’est un acquis qui devrait se traduire par une prime de 70 à 80 euros pour les cinquante premiers hectares d’herbe.
Mais ce montant sera dégressif en fonction des taux de chargement compris entre 0,8 et 0,5 UGB. Des taux qui cependant posent problème pour les élevages extensifs du Sud, utilisateurs de landes et de sous-bois. J’ajoute que nous aurons aussi une nouvelle revalorisation des ICHN(3) ».

Les décisions du ministre soulèvent des réactions vives, notamment du secteur céréalier. Qu’en pensez-vous ?

Yves Feydy, président de la fédération régionale ovine de Rhône-Alpes (Frora)

« Sur le fond, le rééquilibrage des aides était nécessaire pour justifier le maintien d’une politique agricole commune juste. Nous sommes conscients des incidences qu’auront ces orientations sur les exploitations céréalières. En particulier sur celles de Rhône-Alpes, faites de petites structures. Dans ce contexte, il est absolument nécessaire que le prix des céréales reparte durablement à la hausse. Je tiens toutefois à préciser qu’au titre du rééquilibrage des aides Pac, les prélèvements ne concerneront pas uniquement les filières des grandes cultures. Les productions animales contribueront elles aussi au financement de cette nouvelle politique. Je reconnais malgré tout que les éleveurs ovins sont les grands bénéficiaires de ces nouvelles orientations. »


Est-ce la fin des difficultés pour l’élevage ovin ?

« Il ne faut surtout pas que les éleveurs s’endorment sur leurs lauriers. Nous devons reprendre des parts de marché pour aller au-delà des 50 % d’auto-approvisionnement (NDLR : 40 % actuellement). Pour cela, il nous faut engager une reconquête ovine par la technique, la génétique, la formation et le renouvellement des générations.

Il est nécessaire aussi de restructurer les moyens de la filière, de l’amont à l’aval. Et, en matière de prix, nous devons arriver à mettre tous les acteurs autour de la table. Cela pour aboutir à une juste répartition des marges garantissant aux éleveurs une régularité de rémunération sur l’année à 6 euros en moyenne le kilo. Si la filière arrive à se restructurer, ce sera aussi un moyen pour mieux négocier. Enfin, nous devons poursuivre nos efforts pour proposer de nouvelles gammes de produits, plus attractives pour le consommateur, comme c’est le cas avec la démarche “Agneau presto”. »

(1) PMTVA : prime au maintien des troupeaux de vaches allaitantes.
(2) DPU : droits à paiement unique.
(3) ICHN : indemnité compensatoire de handicaps naturels.




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