Publié le 17/10/2019 à 00:00 / Jura Agricole

Maïs grain

Les récoltes de maïs grain ont débuté. La gestion des résidus a des conséquences agronomiques à l'échelle de la rotation...

La campagne de maïs grain a été marquée cette année par une sécheresse plus ou moins accentuée, selon les secteurs, ce qui se traduit par une grande variété de situations. « Dans les endroits où il a plu suffisamment en août, on trouve des rendements de l'ordre de 90 qx/ha, relève Emeric Courbet, conseiller grandes cultures à la chambre d'agriculture de Haute-Saône. Ailleurs, c'est parfois bien plus faible, de 40 à 50 qx/ha. Côté sanitaire, peu d'informations pour l'instant, les épis sont globalement peu touchés par les maladies. »
« En zone vulnérable aux nitrates, la réglementation impose de broyer et d'enfouir les cannes de maïs grain, sorgho grain et tournesol, dans les 15 jours après la récolte. L'exploitant devra consigner le motif dans le cahier d'enregistrement des pratiques. La réglementation ne mentionne pas le cas des parcelles en semis direct ; donc vous consignerez aussi cette pratique dans le cahier. », rappelle aussi le technicien. Cette mesure de la Directive Nitrates est justifiée par la consommation d'azote du sol par les micro-organismes pour dégrader les résidus carbonés.

 

Couverture des sols


La couverture des sols en interculture longue à la suite d'une culture de maïs grain, de sorgho ou de tournesol peut être obtenue par un simple maintien des cannes de maïs grain, de sorgho ou de tournesol, sans broyage et enfouissement des résidus, pour les îlots culturaux situés dans des zones sur lesquelles les enjeux locaux le justifient. Le préfet de région fixe dans le programme d'actions régional les règles permettant de définir les îlots culturaux concernés et les justificatifs nécessaires. C'est le cas des parcelles culturales situées en zone inondable.


Eviter les blés derrière un maïs grain


En termes de rotation, Emeric Courbet préconise, dans la mesure du possible, d'éviter les blés derrière maïs grain. « Les coûts de production de ces blés sont plus élevés, à cause d'un travail du sol presque incontournable si on veut limiter le risque fusariose, de l'augmentation de la quantité de semences nécessaire, de la consommation supplémentaire de fongicides pour lutter contre la fusariose, ainsi que des apports d'azote. »
Dans le cas d'une succession maïs / maïs ou maïs / soja, en dehors du cas de figure du semis en direct, le broyage et ou l'incorporation des résidus peuvent avoir des avantages. « Soigneusement réalisés, ces opérations permettent d'atteindre plusieurs objectifs. Celui de lutter contre la pyrale tout d'abord, car le broyage des cannes de maïs associé à un passage de disques permet de détruire les chenilles de pyrales qui se trouvent dans les tiges. Exposées au froid hivernal, aux prédateurs et parasites, les populations de larves sont naturellement détruites. Un broyage seul a une efficacité de 50 à 70 %. Elle dépasse 70 % après un passage de cover crop. C'est aussi un bon levier pour réduire le risque mycotoxines sur le maïs suivant en favorisant la décomposition des résidus, support de conservation des fusarioses. » En outre, le broyage et l'incorporation facilitent l'implantation du maïs ou du soja suivant, avec des résidus moins gênants et permettent de réduire les fuites d'azote en piégeant de l'ordre de 20 à 30 kg d'azote minéral par hectare. « Les résidus de récolte ont un rapport C/N (carbone/azote) élevé, voisin de 50. Lors de leur décomposition, ils vont donc fournir suffisamment de carbone soluble aux micro-organismes qui l'utiliseront pour leur croissance en réorganisant les nitrates présents dans le sol. Un bon contact entre le sol et les résidus va accélérer la dégradation des résidus par les micro-organismes du sol. » Enfin la décomposition et l'humification des cannes de maïs libèrent du carbone qui devient plus rapidement utilisable pour l'activité biologique des micro-organismes. La fertilité organique et la stabilité structurale du sol s'en trouvent améliorées. « Les résidus de maïs nourrissent également les vers de terre. Le brûlage des pailles n'apporte aucun des avantages attendus. Il ne détruit partiellement que les parties les plus tendres et les moins lignifiées. »


Des résidus de grande valeur


La gestion des résidus a aussi un intérêt en termes de bilan humique. 5 à 8 tonnes de cannes de maïs retournent au sol après la récolte. Elles contribuent au maintien de sa fertilité en restituant presque autant de matière organique que le sol en minéralise tous les ans. « Les tiges et feuilles de maïs restituent un tiers du phosphore et cinq sixièmes de la potasse prélevés par la culture. Une grande partie des oligo-éléments est également restituée. En semis direct, le fait de ne pas mulcher les cannes et les laisser en surface permet de stocker le carbone et de ne pas créer de faim d'azote. »


Couverts avant une culture de printemps


La couverture du sol n'est pas obligatoire mais fortement recommandée derrière un maïs grain récolté de bonne heure. Le plus simple et le moins onéreux est de semer à la volée des semences de ferme de seigle, de triticale, d'avoine ou de blé. Il est également possible de semer de la féverole de ferme. Et les récoltes précoces peuvent aussi être une opportunité pour semer des méteils afin de reconstituer les stocks de fourrage au printemps. Voici quelques simulations avec des prix d'azote à 0,8 €/ unité, 0,8 € l'unité de phosphore et 0,7 € l'unité de potassium, pour une distance parcelle – bâtiment de 6 km. Dans le premier cas, l'éleveur presse la paille, transporte la paille, transporte le fumier et épand le fumier. L'équivalence économique globale (fertilisation plus mécanisation plus main d'œuvre est d'une tonne de paille pour 0,3 tonne de fumier. Dans le second cas, le céréalier presse la paille et transporte la paille, l'éleveur transporte le fumier et épand le fumier. L'équivalence économique globale est alors d'une tonne de paille pour 1,7 tonne de fumier.
Enfin dans le dernier cas de figure, l'éleveur presse la paille et transporte la paille, le céréalier transporte le fumier et épand le fumier. L'équivalence économique globale (ferti + méca + main d'œuvre) est 1 tonne de paille pour 0,5 tonne de fumier. L'équivalence, uniquement en éléments fertilisants, sans compter la mécanisation et la main d'œuvre, est de 1 tonne de paille pour 0,9 tonne de fumier.