Publié le 10/12/2019 à 00:00 / Jura Agricole

Journée régionale porcine

La montée en puissance de la demande des consommateurs pour des animaux élevés sans aliments OGM dope l'émergence de la demande en protéines végétales produites ''localement''. Pour la production porcine, c'est le pois, davantage que le soja, qui a une carte à jouer.

En quête de souveraineté protéique

La journée régionale porcine a réuni le 27 novembre dernier de nombreux éleveurs et acteurs de la filière porcine régionale à Saône. L'occasion pour Philippe Monnet, le président d'Interporc Franche-Comté, de faire un rapide point de conjoncture. « Nos deux IGP saucisse de Morteau et saucisse de Montbéliard poursuivent leur croissance au niveau national, ce qui est plutôt positif dans un marché à la baisse de la consommation de charcuteries », a-t-il relevé, avant de souligner la bonne éco-complémentarité historique entre les productions fromagères du Massif jurassien et la production porcine locale, qui valorise le petit-lait, et fournit un effluent organique de choix pour fertiliser les prairies.
Corinne Peyronnet, ingénieur d'étude à Terres Univia (l'interprofession des huiles et protéines végétales) est intervenu lors de la journée régionale porcine, , sur le thème de l'autonomie protéique des élevages. « Cette interprofession réunit trois familles : les producteurs, les transformateurs (dont les triturateurs) et ceux qui commercialisent les huiles et protéines végétales, a-t-elle expliqué en préambule : cela représente au niveau national 2,5 millions d'hectares, 8 millions de tonnes de graines, dont 6,5 sont triturées dans une quinzaine de sites, 300 usines dédiées à la nutrition animale... »


Plusieurs échelles d'autonomie


Dans le paysage français, le fait marquant de cette dernière campagne culturale est sans contexte le recul historique de la sole de colza, de l'ordre de 30% après plusieurs campagnes compliquées en termes météorologiques et surtout de maîtrise des insectes ravageurs (méligèthes, charançon du bourgeon terminal...) dans un contexte de réduction de l'éventail des matières actives disponibles pour la lutte et de limitation des traitements. « Cela représente un manque à gagner considérable pour les usines de trituration, dont la rentabilité repose sur un certain volume... pour continuer à faire tourner à plein leurs outils, les dirigeants vont se reporter sur l'importation de canola importé du Canada, avec tous les problèmes que ça pose (il s'agit souvent de variétés OGM tolérantes aux herbicides, dont l'opinion publique ne veut pas). » Le tourteau de soja, principale source de protéines végétales en production laitière, est de plus en plus décrié. « La forte médiatisation des incendies en Amazonie pour cultiver du soja au Brésil, dans une période d'hypersensibilité climatique, a encore accentué la tendance. » Concrètement, les cahiers des charges alternatifs (bio ou excluant les OGM) fleurissent dans toutes les productions. « D'ici 2018, on estime que 52% des productions animales en volume seront réalisées en non-OGM. Cette proportion est variable selon les filières : pour le porc on passerait de 13 à 35% »
L'occasion d'introduire la notion d'autonomie protéique et ses enjeux. En effet, on peut raisonner à différentes échelles : celle de l'élevage de porc qui autoconsomme les protéines végétales produites sur l'exploitation, celle de la grande région, voire d'un cadre national ou européen. Paradoxalement, la France est exportatrice nette de protéines végétales, à cause du volume de céréales exportées, relativement pauvres en protéines. Pour les matières riches en protéines, le déficit actuel est d'environ 37%, toutes filières confondues. Une réunion de tous les acteurs de ce secteur a eu lieu pour convenir d'un plan décennal de développement de l'autonomie protéique nationale. Parmi les mesures phares de ce plan, la sole des protéagineux passerait de 4,5 à 8% de la SCOP, la sélection variétale permettrait d'augmenter de 1 à 2%/an la teneur en protéines...
Ces mesures permettraient à la fois d'améliorer de 10% la souveraineté en protéines végétales destinées à l'alimentation animale, d'assurer la couverture à 100% des besoins nationaux en protéines végétales destinées à l'alimentation humaine (une demande en plein essor...) mais aussi de sécuriser la rémunération des producteurs et des éleveurs. « Le principal enjeu est de disposer de filières pérennes de la production à la mise sur le marché en production végétales et animales. », expose la spécialiste.


Le soja français ne suffira pas


L'exercice « comptable » qui consiste à mettre en face des besoins des filières animales des volumes de graines et des surfaces correspondantes permet de comprendre que les cultures de soja sur le sol français ne suffiront pas, même si elles s'étendent, à couvrir le déficit protéique. « Actuellement près de 3,5 millions de tonnes de tourteaux sont consommés par an, majoritairement importés, ce qui correspond à 1,8 millions d'hectares cultivés ! » 15% seulement de ce tonnage correspond à... 200 000 ha. Reste que d'autres protéagineux sont possibles, notamment le pois, qui était massivement utilisé dans l'alimentation des porcs charcutiers jusqu'à la fin des années 90. « Cela représentait plus de 10% des protéines utilisées pour la fabrication de l'aliment des porcs », rappelle Corinne Peyronnet. « Le pois protéagineux offre un ratio énergie/protéines bien adapté aux besoins des porcs. » Principal obstacle à son incorporation par les fabricants d'aliments, le prix payé aux producteurs, dans le contexte de prix du blé et du soja (le fameux prix d'intérêt)... « Les légumineuses à graines peuvent retrouver une place significative dans l'alimentation des monogastriques, à condition de mieux valoriser leurs atouts environnementaux et économiques (limitation de la fertilisation azotée dans la rotation). Les progrès en termes de sélection variétale pour réduire les facteurs antinutritionnels (tannins et vicine des féveroles, alpha galactosides des lupins...) ainsi que sur les procédés technologiques (broyage fin, décorticage, granulation) vont aussi lever certains obstacles à leur utilisation plus large. »