Publié le 29/01/2019 à 00:00 / Jura Agricole

Races à viande

La vigueur et la santé des veaux se construisent par un ensemble de mesures en rapport avec le logement et la conduite d'élevage du cheptel allaitant.

Des veaux en santé, mode d'emploi

« La santé des veaux jusqu'au sevrage est une clé de la réussite technico-économique des élevages de bovins allaitants, et conditionne au final le revenu de l'éleveur. », rappelle Michel Joly, éleveur de bovins allaitants en Saône et Loire, élu à la FNB. Des propos corroborés par ceux du Dr vétérinaire Christelle Roy, du GDS de Corrèze, qui déroule les étapes clés entourant le vêlage, de manière à détailler les facteurs favorables. « Première étape, la préparation au vêlage : la santé du veau est le reflet étroit de celle de la mère, commencer par l'état (ni trop ni trop peu), l'absence de carence ou de déséquilibre alimentaire, ni de de pathologies chroniques pouvant spolier l'immunité de la mère... et du veau. Je voudrais aussi insister sur l'importance de l'adéquation entre l'immunité de la mère et le microbisme du bâtiment où va naître le veau ! Si vous changez les vaches qui vêlent de bâtiment, l'immunité que transmet la mère à son veau peut être éloignée des réels besoins de ce dernier. La vaccination des mères est parfois opportune, selon le contexte sanitaire, mais ça ne fonctionnera qu'à trois conditions : que la vaccination soit ciblée sur le problème dominant, que la mère soit en état de réponse immunitaire (délais, équilibre alimentaire...) et bien sûr que le veau reçoive le colostrum (en quantité & de qualité). »


Intervenir à minima


« Lors du vêlage, il faut respecter le comportement grégaire des bovins – qui ont besoin de vivre en groupe - tout en préparant un espace propice pour que ça se déroule en sécurité. La règle d'or durant le vêlage est d'intervenir à minima tant que tout se passe bien. »
Aux périodes clés de la vie des jeunes veaux, il est important de prendre en compte leurs besoins physiologiques et leur sensibilité aux facteurs climatiques, dès les premiers soins après le vêlage et particulièrement pour le démarrage (quinze premiers jours de vie). « Au moment du vêlage, il est primordial d'avoir à disposition le matériel nécessaire (contention) et d'anticiper le nursing post-vêlage, en ayant sous la main eau, foin, paille, lampe chauffante, colostrum. Dans le box de vêlage, privilégier l'hygiène car le vêlage correspond à une excrétion de nombreux microbes dans l'environnement, et la tétée du colostrum n'immunise pas contre les microbes des autres mères ayant vêlé au même endroit. » La vétérinaire rappelle aussi l'intérêt de penser à déclarer les avortements et de rechercher les maladies abortives (il existe des kits GDS) dès le premier cas, avant d'être débordé par une épidémie. « Dès la mise-bas, il faut veiller à maintenir la température corporelle, car les fonctions vitales aussi bien que les réactions enzymatiques nécessitent une plage de température bien définie. Ça passe par le séchage, un abri du vent, une litière confortable et si nécessaire une lampe chauffante. » Là encore, l'hygiène est de mise. « Le cordon c'est une porte d'entrée pour les micro-organismes pathogènes, qui mène directement à la vessie et au foie : il est impératif de le vider et de le désinfecter, et de s'assurer de son séchage rapide. Même chose si vous posez les boucles : pensez à la désinfection! »


Points de contrôle


La buvée du colostrum, primordiale pour l'immunité, mais aussi source très efficiente de vitamines et d'énergie, est un atout pour passer le cap critique des premières 48 heures. « On vérifie à intervalle réguliers l'attitude du veau, on contrôle sa capacité de tétée, l'état du cordon, éventuellement sa température corporelle. » De même, la vigilance est de mise durant les trois premières semaines, de vie, où l'observation permettra de s'assurer du bon séchage du cordon, de l'absence de diarrhée ou de troubles respiratoires, ainsi que de la normalité des articulations.
Suit la phase dite de démarrage du veau. « Bien que les besoins du veau allaitant soit en majeure partie couverts par sa mère, pour un développement optimal du futur ruminant, il a besoin d'eau dès son plus jeune âge, et de sel et d'aliment fibreux dès 2 semaines. » Des mesures de prévention permettent de limiter les principaux risques associés à cette période. « En respectant la densité animale, en séparant les classes d'âge et en veillant aux quarantaines lors de l'introduction d'animaux dans le cheptel, ainsi qu'en luttant contre les nuisibles vecteurs de pathogènes (petits rongeurs notamment), on abaisse la pression microbienne. » L'autre axe consiste à renforcer l'immunité par une bonne complémentation minéro-vitaminique, associée à d'éventuels vaccins et traitements antiparasitaires si nécessaire.


Travailler en lots homogènes


Christelle Roy a également rappelé l'intérêt de noter tout ce qui sort de l'ordinaire : « on a tendance à vite oublier qu'on avait dû soigner une diarrhée sans gravité sur un petit veau... mais c'est le genre d'information qui permet des investigations plus efficaces en cas de pépin sanitaire. C'était peut-être le début d'une épizootie... »
Au fur et à mesure de leur croissance, les veaux voient leurs besoins évoluer (air, surface, microbisme). « Le microbisme évolue, c'est pourquoi on va impérativement éviter de mélanger des animaux d'âge différent. Parmi les interventions précoces, l'allotement par poids homogènes permet de travailler efficacement » Sans oublier de rappeler les grands principes d'hygiène générale. « Cela passe par des mesures générales telles que les pédiluves pour les visiteurs, la qualité bactériologique de l'eau de boisson proposée aux animaux et la propreté des abreuvoirs... ainsi que par le curage régulier, le nettoyage des bâtiments inoccupés suivi d'un vide sanitaire. » Michel Joly complète « ça peut sembler une évidence, mais la plupart de ces recommandations nécessitent un bâtiment adapté. Quand l'effectif progresse, on peut se retrouver en dehors des clous. L'éleveur doit être bien dans son bâtiment, donc il lui faut un bâtiment facile à nettoyer ! »


Alexandre Coronel