Publié le 13/12/2019 à 00:00 / Jura Agricole

Tournesol

A l'occasion d'une journée technique organisée en Haute-Saône, Michaël Geloen, de Terres Inovia, a délivré de précieux conseils techniques pour la réussite du tournesol. La qualité d'implantation est décisive.

Mettre tous les atouts de son côté

Michaël Geloen, ingénieur régional à Terre Inovia pour la grande région, était invité à faire un point sur la culture de tournesol à l'occasion d'une journée technique organisée par la Chambre d'agriculture de Haute-Saône, le 2 décembre dernier à Autoreille. En matière de choix variétal, préalable à toute implantation, il conseille de ne pas hésiter à faire un pré-tri en utilisant l'application disponible en ligne sur le site web de Terres inovia : « avec le secteur géographique et les conditions pédo-climatiques de votre exploitation, l'application va présélectionner une liste de variétés compatibles en termes de précocité et de profil agronomique. Les groupes de précocités sont calculés à partir de modèles climatiques en fonction de la somme de température en base 6, en excluant les températures au-delà de 37°C. »


Réserver les VTH aux flores difficiles


Les tournesols VTH (variétés tolérantes aux herbicides) sont à réserver aux parcelles concernées par un problème de flore adventice compliquée à gérer dans une culture de printemps à large inter-rang. « Typiquement pour lutter contre les daturas, les ambroisies, les chardons, les liserons des haies... c'est un raisonnement à faire à la parcelle. En effet les herbicides associés aux variétés sont des inhibiteurs de l'ALS (acétolactate synthase, NDA), comme les sulfonylurées et les triazolopyrimidines employées sur céréales. L'usage répété d'un même mode d'action exerçant une pression de sélection, il faut prendre en compte le risque de développement d'adventices résistantes à cette famille d'herbicide à l'échelle de la rotation. Et attention surtout à ne pas vous tromper de programme de désherbage, sous peine de tout détruire ! »
Le spécialiste a poursuivi avec des conseils d'implantation. « Le travail du sol est primordial : c'est une plante à pivot, qu'il faut l'aider à s'ancrer profondément : typiquement par une fissuration profonde des sols argileux avec un labour d'hiver par exemple. En TCS on fera attention au risque limaces, en lien avec des couverts détruits tardivement. D'ailleurs sur quatre ans d'essais de tournesol en semis direct, nous avons essuyé quatre fois des échecs... »
La régularité du semis a une forte incidence sur le rendement final. « Les recouvrements sont très préjudiciables au rendement. Le seuil de 50 000 pied/ha est primordial pour la teneur en huile. » Or des ravageurs sont susceptibles de nuire à cet objectif : « les premiers ravageur, ce sont les oiseaux et en particulier les corvidés... nous avons fait des tests prometteurs de cultures associées – qui gênent les oiseaux qui veulent se poser – avec par exemple de la féverole, ou une orge de printemps semée en février et détruite au glyphosate au moment du semis du tournesol. A l'inverse, il faudra éviter la surdensité et les problèmes d'écartement « surtout sur les terres à forts potentiels de rendement. Mieux vaut essayer de resserrer les rangs plutôt qu'écarter. »


Un sol suffisamment réchauffé


Le choix de la date de semis est également primordial. « N'hésitez pas à faire un test à la bêche pour vérifier si le sol a bien atteint 8-10°C, et s'il n'y a pas de risque météo de refroidissement important dans la décade, vous pouvez semer. A 4-5 cm maxi pour aller chercher la fraîcheur. La vitesse de semis est aussi un paramètre important de la régularité : à 4 km/h. »
En matière de conduite de la fertilisation, Michaël Geloen a évoqué la méthode héliotest, qui consiste à décider de la pertinence de l'apport azoté en végétation en fonction de la décoloration des plantes d'une bande témoin, en végétation. « Avec néanmoins le risque climatique d'une période sèche après l'apport. » Côté P et K, pour couvrir les exportations, pour un rendement de 35 q/ha, il faut apporter environ 40 unités d'acide phosphorique et 40 unités de potasse. Il préconise aussi d'apporter du bore. « Ce n'est pas cher et ce serait une mauvaise économie de faire l'impasse ! » Interrogé par un participant sur la possibilité d'effectuer des mélanges de produits désherbants, il rappelle le principe général qui consiste à bien distinguer les modes d'action « les produits racinaires n'ont pas les mêmes cibles que les produits foliaires, et ne sont pas efficace au même stade de développement. »
L'ingénieur conseil a conclu son intervention avec un point sur la récolte « hélas, on constate sur le terrain que le tournesol est encore trop souvent récolté à sur-maturité, ce qui est synonyme de pertes de rendement, notamment à cause des dégâts d'oiseaux. Il faut bien viser 9-10% d'humidité. »