Publié le 17/12/2019 à 00:00 / Jura Agricole

Association laitière Jura Bresse

Pour s'adapter à la nouvelle stratégie de Danone désireux de restreindre sa collecte à ses seuls besoins, l'Association laitière Jura Bresse (ALJB) a fait le choix de prospecter d'autres voies de valorisation pour les éleveurs bressans. Une quarantaine de producteurs issus de l'ALJB ont ainsi rejoint cinq entreprises laitières de la région.

Le tissu laitier bressan a été préservé

En juillet 2017, l'annonce faite par Danone de vouloir réduire sa collecte de lait de 70 à 45 millions de litres sur la zone Jura Bresse fut un véritable coup de massue pour les éleveurs laitiers bressans. Cette décision radicale s'explique par une évolution des marchés des produits laitiers. Les produits de marques industrielles tels Danone perdent en effet du terrain dans les habitudes de consommation tandis que les marques locales sont en plein essor. Cette évolution brouille les perspectives pour les industriels. D'où le fait que Danone restreint sa collecte aux seuls besoins de ses usines.

Au lendemain de cette rude nouvelle, l'association laitière Jura Bresse (ALJB) qui réunit les éleveurs livreurs à Danone sur la zone, s'est immédiatement mise à la recherche de solutions pour assurer l'avenir de la production. Un rapprochement avec l'ULM –coopérative de la Meuse qui collecte déjà dans la région– a été tenté, en vain. L'ALJB s'est alors lancée dans un tour d'horizon des entreprises laitières voisines de la zone.

 

Morbier, fromages, crème, beurre...

 

La première entreprise approchée a été la fromagerie des Hautes-Combes dans le Doubs. Cette laiterie du massif jurassien était intéressée pour collecter du lait à morbier. « La fabrication de ce fromage est complémentaire de celle du comté. Et une partie des éleveurs de l'ALJB se trouvent dans la zone d'appellation AOP comté morbier », indique Laurent Lefèvre de la chambre d'agriculture de Saône-et-Loire. Quatorze exploitations produisant 5,6 millions de litres de lait livrés à Danone ont donc fait le choix d'intégrer le cahier des charges de l'appellation, abandonnant au passage les fourrages fermentés (maïs, herbe) pour adopter un régime pâturage et foin. Cette conversion dans une production haut de gamme a permis à certains de rénover leur outil, signale le technicien. Leur lait est désormais rémunéré au prix du lait AOC soit près de 190 € de plus que le lait standard. Une seule de ces exploitations est en Saône-et-Loire à la limite du Jura.
Douze autres producteurs de la zone Jura Bresse, représentant un volume de 4,5 millions de litres de lait, ont rejoint la laiterie privée Mulin dans le Doubs. Deux élevages dont un de Saône-et-Loire ont été repris quant à eux par la fromagerie Delin en Côte-d'Or. Cette entreprise de la région dijonnaise collectait déjà du lait en Saône-et-Loire et ces deux fournisseurs supplémentaires représentent 1,6 million de litres de lait.

 

Direction les coops de l'Ain

 

Dans le secteur de Beaudrières, six exploitations totalisant 4,1 millions de litres de lait ont quitté Danone pour la coopérative d'Étrez dans l'Ain. Récemment, ce sont trois autres élevages saône-et-loiriens pour un total de 2,16 millions de litres de lait qui ont rejoint la coopérative de Foissiat toujours dans l'Ain. Ces deux dernières coopératives sont impliquées dans l'appellation AOP crème et beurre de Bresse.
Ces départs de l'ALJB ont été accompagnés de quelques cessations prévisibles. Certaines exploitations qui se sont retrouvées en zone vulnérable ont choisi d'arrêter le lait, complète Laurent Lefèvre. Au total, ces cessations qui concernent 13 exploitations de la zone Jura Bresse représentent 3,8 millions de litres de lait. À cela s'ajoutent 150.000 litres supplémentaires provenant de ruptures de contrat. On dénombre également un départ pour la laiterie L'Hermitage dans les Vosges. Enfin, il faut aussi comptabiliser 1,3 million de litres de lait émanant des réductions de références chez des producteurs en sous-réalisation, indique le technicien.

 

Densité d'exploitations préservées

 

Au final ces départs pour d'autres entreprises, cessations, réductions de références représentant plus de 23 millions de litres de lait, ont permis à l'ALJB d'atteindre l'objectif de 45 millions de litres de lait livrés à Danone. En Saône-et-Loire, ce sont dix exploitations représentant plus de 6,3 millions de litres de lait qui ont ainsi quitté l'ALJB.
S'ils peuvent être soulagés d'avoir pu trouver des solutions pour répondre à la demande de Danone, les responsables de l'OP auraient tout de même préféré conserver l'intégralité des adhérents. De fait, en seulement trois ans, l'organisation de producteurs est ainsi passée de 156 à 85 livreurs à Danone. Mais devant le manque de perspective affiché par l'industriel, les responsables de l'ALJB ont préféré appliquer un plan drastique. Grâce à cette stratégie de prospection locale, la déprise laitière a été évitée. La densité d'exploitations et tout le tissu économique lié à la production laitière ont été préservés. La Bresse conserve son attrait et son dynamisme vis-à-vis de la filière.