Publié le 09/01/2020 à 00:00 / Jura Agricole

BOIS DECHIQUETE

L'agriculture contribue à hauteur de 13 % pour les émissions de particules responsables de la dégradation de la qualité de l'air. Les pratiques en cause sont principalement le brûlage des déchets verts (feuilles mortes, les tontes de gazon, les tailles de haies et d'arbustes, les résidus d'élagage,...), effectué faute de solutions économiques apportées aux agriculteurs. Parallèlement à ce constat, les exploitations du Massif du Jura en système de logement avec litière, sont contraintes d'acheter de la paille puisque leur situation géographique ne leur permet pas d'en produire. Elles sont en cela dépendantes de l'extérieur, avec des coûts qui fluctuent selon les récoltes de l'année et le cours des énergies fossiles.

Le bois déchiqueté en litière ... pourquoi pas ?

Pourquoi ne pas faire d'une pierre deux coups ?
Des solutions alternatives au brûlage des déchets verts agricoles existent : bois déchiqueté pour l'exploitation ou la vente à des chaudières collectives, co-compostage déchets verts / fumier,
mais ces deux filières nécessitent d'amortir les coûts amortis dans les chantiers « conséquents ». En revanche, utiliser ses tailles de haies ou de bordure de bois en litière en substitution (partielle) de la paille, peut sembler une démarche intéressante.
Utiliser du bois déchiqueté en litière pour remplacer la paille ?
Le bois déchiqueté, — on parle aussi de « plaquettes bocagères » — peut être utilisé dans les élevages pour pailler : les aires paillées : en 2 couches de 6-8cm
à 15 jours/trois semaines d'intervalle, de façon à créer une sous-couche drainante, ajout de paille pour apporter de la chaleur puis apports en boisdéchiqueté selon la saison et l'évolution
de la litière. Avec 25-30 cm sur 2 m derrière la stalle des cornadis, 10 cm sur les aires d'attentes, les passages en sortie de stabulation pour aller au champ (sur surfaces glissantes), et les chemins des vaches à l'extérieur : environ 5-6 cm de bois déchiqueté sur le béton ou sur la terre (pour éviter la formation de boue). Ne pas confondre ! Il s'agit de morceaux de bois (environ 30 x 20 x 10 mm) coupés nets au couteau. On ne parle pas ici des copeaux de menuiserie, ni de sciure de bois, ni de granulés...
Ne pas utiliser de bois déchiqueté humide : les plaquettes doivent être sèches ou au moins ressuyées à moins de 25 % d'humidité (processus identique au séchage de plaquettes pour le chauffage). Plus le bois déchiqueté est sec, plus il est absorbant. La technique la plus pertinente et la plus utilisée est deux couches de 6 à 8 cm de plaquettes apportées à 15 jours/trois semaines d'intervalle selon le type d'animaux, la densité dans les cases, le type d'alimentation. Après 1 à 1,5 mois, on passe à la paille comme habituellement. Cette technique génère un gain de temps au paillage en début de saison. D'autres choisissent les 20-25 cm en une couche qu'il faut remuer avec un outil à dents au bout de 15 jours pour utiliser la plaquette du dessous non souillée. La troisième technique du millefeuille, très portante, consiste à apporter une couche de plaquette (1cm) puis une couche de paille et ainsi de suite.
Quelques témoignages d'éleveurs... Pour les vaches laitières : « Je paille d'abord avec du bois-déchiqueté sur 10 cm et je rajoute de la paille tous les jours. Ensuite, je rajoute du bois-déchiqueté toutes les semaines, cela permet de stabiliser la litière et de la garder propre. Je conseille de déchiqueter un mélange d'essences, nos haies sont idéales pour cela », C. Harivel, Montilly-sur-Noireau (61).

➠ 1 T de bois-déchiqueté sec = 1 T de paille
➠ 1 m3 de bois-déchiqueté (250 kg) absorbe 300 à 350 litres de lisier
Quel type de bois faut-il utiliser ? Toutes les essences des haies bocagères, à condition d'avoir des perches de bois entières de diamètres supérieur à 15 cm pour optimiser les coûts de revient au déchiquetage.
Combien ça coûte ?
Le déchiquetage par la Cuma des Nobles pratiques coûte 250 €/heure (6 à 8 €/m3) pour la déchiqueteuse à grappin, le tracteur et le chauffeur inclus, pour un débit moyen de 30 m3 produits/heure. D'autres broyeurs affichent des tarifs à 500 ou 600 €/ heure pour un débit de 70-80m3/heureet toujours 6 à 8 €/m3. En séchant le bois perd 15 % de son poids « vert ».
En comptant la valeur du bois sur pied, l'abattage, le déchiquetage, le temps passé par l'agriculteur et le transport sous hangar agricole, le prix de revient du bois-déchiqueté sec au départ de
l'exploitation agricole est entre 55 et 70 €/Tonne sèche (soit environ 15 €/m3 sec), hors livraison. Le boisdéchiqueté sec vendu par une structure d'approvisionnement est en général de 80 à 90 €/ Tonne sèche prix départ.
Quand puis-je produire du bois déchiqueté ?
Il faut couper de façon à favoriser la repousse donc l'abattage se fait l'hiver, quand les arbres sont « hors sève ». Cela permet d'avoir des branches sans feuilles donc de limiter la production de poussières et les problèmes de séchage. Quatre mois de séchage en tas (sans retournement) sont nécessaires et indispensables pour faire descendre le taux d'humidité de 50 % environ au broyage à 20-25 % 4 mois après. Un déchiquetage durant le mois de septembre est possible pour une utilisation de la plaquette sèche à partir du 1er janvier, à condition de contacter au
préalable la Cuma des Nobles Pratiques pour s'inscrire sur le planning.
Que faire après curage ?
Est-ce que le bois se dégrade bien après épandage ? Compte-tenu de la quantité de « jus » (lisiers) absorbée par les plaquettes, il suffit en général de faire mûrir le fumier puis d'épandre pour que le bois se décompose. Néanmoins, un compostage des fumiers est fortement conseillé pour bénéficier de l'effet dégradation/recomposition et hygiénisation. Dans tous les cas, la dégradation complète du bois s'opère en 8 à 18 mois selon l'essence. Les analyses de 30 % de plaquette et 70 % paille montrent des pH de 7,7 en moyenne. Trois mois après compostage
ce même fumier affiche un pH de 8,2.
Quel impact en période de sécheresse ?
Les éleveurs peuvent utiliser davantage de bois déchiqueté en période de sécheresse afin d'économiser la paille, celle-ci étant alors utilisée préférentiellement en fourrage. La quantité de bois-déchiqueté utilisée en litière sera donc augmentée et la quantité de paille ajoutée sera diminuée en conséquence. Par ailleurs, le bois sur pied dans les haies est aussi utile : les feuilles peuvent être utilisées en fourrage, notamment les feuilles de frêne.
■ Une expérimentation est en cours dans le Doubs chez plusieurs exploitants. Les premières constatations sont les suivantes :
➜ Amélioration de l'autonomie de l'exploitation : économie de paille, que les plaquettes soient autoproduites ou achetées
➜ Facilité de mise en oeuvre (selon la disposition des bâtiments et le matériel à disposition)
➜ Permet la valorisation du petit bois (1/3 du volume total), habituellement perdu ou brûlé suite à un chantier de bois bûche
➜ Gestion durable et valorisation du bois issu de l'entretien des haies
➜ Plaquettes bocagères issues de bois non traité (utilisation possible en agriculture biologique)
➜ Drainage efficace de la litière, les animaux sont propres
➜ La paille ajoutée reste propre plus longtemps
➜ Moins de mammites, moins de boiteries (moins de pathogènes)
➜ Stabilité de la litière : les animaux ne s'enfoncent pas
➜ Aucun retour d'occlusion intestinale en cas d'ingestion de plaquettes par des bovins
➜ Litière sans odeur et bâtiment qui « sent bon », ambiance plus saine, travaux de curage plus propres
➜ Intéressant aussi autour des abreuvoirs ou des râteliers au champ (30-40 cm)


Isabelle Forgue et Séverine Le Bot Humblot, CIA 25-90