Publié le 06/04/2020 à 00:00 / Jura Agricole

Biotechnologies végétales

À la tête de l'Association française des biotechnologies végétales (AFBV) depuis un an, Georges Freyssinet représente fièrement les intérêts des biotechnologies végétales en France. Entre partisans et détracteurs, celles-ci représentent un enjeu majeur pour l'avenir de notre alimentation.

Les biotechnologies végétales font encore et toujours débat

Quels sont les objectifs que poursuit l'AFBV que vous représentez ?
Georges Freyssinet : « L'AFBV est une association loi 1901 qui a vu le jour en 2009. Elle a été créée par des chercheurs membres de l'industrie du végétal ou non, quelques agriculteurs et des industriels à titre personnel. Nous disposons aujourd'hui d'un conseil d'administration et d'un bureau, nous sommes tous bénévoles et nous vivons des adhésions de nos deux cents membres. Nous comptons dans nos rangs de nombreux scientifiques, notamment des chercheurs aujourd'hui à la retraite. Nous avons aussi des agriculteurs et des personnes qui ne sont pas forcément issues du domaine scientifique. Ensemble, notre objectif est de présenter les biotechnologies végétales au plus grand nombre, de les défendre dans le débat public en apportant des arguments scientifiques. »


Concrètement, que recouvrent les biotechnologies végétales ?
G.F. : « Les biotechnologies végétales, ce sont toutes les technologies qui concernent les connaissances et l'analyse du végétal dans le but d'améliorer sa résistance aux maladies. Les biotechnologies végétales regroupent d'abord les OGM, les plus connus, mais dont la définition fait aujourd'hui débat et peut varier d'un pays à l'autre. En Europe, on considère comme OGM tout ce qui ne peut être obtenu par sélection conventionnelle. Les OGM consistent en fait en l'insertion dans la plante d'un autre ADN en provenance d'un autre organisme. Il ne faut pas confondre les OGM avec la mutagenèse qui est le développement de nouveaux caractères par la plante. La mutagenèse peut soit se faire de manière naturelle avec des mutations spontanées, soit de manière induite en utilisant les marqueurs ADN pour activer les gènes intéressants et faire apparaître un avantage sélectif. »


Comment réagissez-vous à l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 25 juillet 2018 qui assimile les plantes issues des nouvelles méthodes de mutagénèse à des OGM ?
G.F. : « L'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne exempte toujours les produits issus de la mutagenèse utilisant une technique ancienne datant d'avant 2001. Mais depuis le 25 juillet 2018, les produits qui sont issus des nouvelles techniques, post 2001, sont assimilés à des OGM. Avec cet arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne, c'est tout ce qui concerne l'édition de gènes qui se retrouve soumis à une même réglementation. Cette réglementation très stricte a pour conséquence que plus personne ne dépose aujourd'hui de dossiers pour importer des OGM en Europe. À l'AFBV, nous essayons de faire assouplir certaines dispositions de la réglementation pour pouvoir maintenir un travail sur l'édition génomique ».


Quelles sont les conséquences pour un produit d'être classifié comme OGM ?
G.F. : « L'utilisation ou non d'OGM doit être inscrite sur la fiche technique de chaque produit. Des enseignes comme Carrefour se servent d'ailleurs de l'absence d'OGM dans certains de leurs produits pour valoriser leurs filières de qualité. Pourtant, qualité des produits et utilisation d'OGM ne devraient pas être opposées. Aujourd'hui, la culture d'OGM est interdite en Europe mais cela ne nous empêche pas d'importer du soja, du maïs, de l'huile de colza et de la betterave à sucre du continent américain et du coton d'Inde. Pour pouvoir importer et faire commerce de produits classifiés OGM, il faut soumettre un dossier et les procédures sont parfois très longues. Cette position de principe est très hypocrite et il ne faut jamais oublier que certaines cultures ne peuvent pas se passer des OGM. »


En quoi les biotechnologies végétales pourraient apporter des solutions aux problématiques de sécurité alimentaire ?
G.F. : « On a aujourd'hui trente ans de recul sur la technologie, des OGM sont commercialisés depuis 1995 et près de 200 millions d'hectares sont cultivés dans le monde. On sait que cette technique fonctionne, il faut lui faire confiance. N'oublions pas qu'avant toute commercialisation d'un produit il y a entre cinq et dix ans d'études. Au nom du respect de l'environnement et de la santé, on veut aujourd'hui réduire l'utilisation de pesticides de synthèse à une période où les variations climatiques sont de plus en plus importantes. C'est bien beau mais les agresseurs, eux, sont de plus en plus nombreux et de plus en plus agressifs. On tolère la sélection génétique, qui n'a rien à voir avec des OGM puisqu'on n'intègre aucun ADN étranger à l'espèce, mais l'amélioration des qualités de la plante se fait souvent au détriment du goût. Si nous acceptions d'utiliser pleinement les possibilités qu'offrent les biotechnologies, nous pourrions bénéficier d'une action plus ciblée et in fine tirer le meilleur de chaque plante. »