Publié le 15/04/2020 à 00:00 / Jura Agricole

COVID 19

Comment la filière céréalière régionale est impactée par la crise sanitaire sans précédent qui immobilise une grande partie de la France ? Le point avec Didier Vagnaux président de la coopérative Interval.

L'impact de la crise pour la filière végétale chez Interval

Quel est l'impact de cette crise sur l'activité de la coopérative pour la partie grandes cultures ?

Didier Vagnaux : La filière végétale est peut-être la moins touchée pour l'instant, comparativement aux ateliers viande et lait. Depuis le début du confinement nous avons eu la possibilité de garder nos entreprises ouvertes, y compris nos magasins Jardival avec certaines restrictions, en respectant les gestes barrières pour protéger nos salariés et nos adhérents.
Face à cette crise, notre principal objectif est d'assurer un service minimum à nos adhérents pour permettre aux exploitations de fonctionner. Nos magasins d'appros et nos silos sont ouverts, seuls les bureaux ne sont pas accessibles aux visiteurs. Nos techniciens reçoivent actuellement entre 30 et 35 appels par jour pour des conseils en culture. Ils se rendent seuls sur les parcelles, et si l'agriculteur a besoin de venir sur place, il le fait en prenant un véhicule séparé et en respectant les règles de protection. Tout se fait en bonne intelligence.

 

 

Quelles difficultés rencontrez-vous ?
Nous n'avons pas eu de difficultés liées au coronavirus mais à d'autres facteurs. Des surfaces en blés n'ont pas pu être semées cet automne à cause des mauvaises conditions météo et la demande en semence de tournesol est importante. Il est difficile d'y répondre au niveau national. Pour tous les autres produits, la rupture d'approvisionnement n'est pas à craindre.
Nous sommes en baisse globale d'activité au niveau des expéditions mais le problème a débuté bien avant le coronavirus. La crise des gilets jaunes puis les grèves SNCF pour les retraites nous ont valu d'importants retards d'expédition de nos produits vers les entreprises. Même si nous avons pu réorganiser quelques trains, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir rattraper tout ce retard dans le contexte actuel.
De nombreux secteurs avec lesquels nous travaillons sont impactés par la crise : la meunerie artisanale, les producteurs de bière... Certains de nos contrats de ventes risquent de ne pas être garantis. Nous suivons au jour le jour... Toutes les petites filières locales que nous avons mises en place (soja non OGM, maïs semences, chanvre, maïs waxy...) seront peut-être un atout de plus dans ce contexte.
Concernant les prix, le cours des oléagineux, lié directement aux biocarburants et au cours du pétrole, est en baisse... Le cours du blé repart un peu à la hausse. Cette crise aura un impact économique qu'il est encore trop tôt pour mesurer.

 

Comment va le moral des agriculteurs ?
Comme tous les agriculteurs, je rencontre peu de monde. Les techniciens sur le terrain nous disent qu'après une période de pluie et de gel, les agriculteurs ont pu reprendre les travaux de printemps. Mais la sécheresse commence à s'installer et le potentiel de la prochaine récolte se dégrade de plus en plus. C'est une inquiétude pour les exploitations dont les finances étaient déjà fragilisées. Nous sommes dans une ambiance pesante et restons soucieux pour nos familles. Nous connaissons tous dans notre entourage des personnes malades, ou des soignants qui sont en première ligne.
Je pense aussi aux agriculteurs en polyculture élevage, nombreux parmi nos adhérents, qui doivent diminuer leur production de viande, de lait... et à d'autres secteurs d'activité fortement impactés comme l'hôtellerie, la restauration...
Je pense aussi à tous nos collaborateurs du groupe Interval, et aux salariés des magasins Jardival. Les personnes qui avaient la possibilité de travailler l'on fait, et nous pouvons les en remercier.
Dans cette période compliquée, nous pouvons peut-être retenir un point positif : l'agriculture et l'alimentation ont retrouvé une place au cœur des besoins fondamentaux de la société.

 

Isabelle Renaut