Publié le 05/05/2020 à 00:00 / Jura Agricole

Forêt

Une longue sécheresse estivale qui a fragilisé les arbres, suivie d'un hiver doux et d'un printemps précoce et lumineux... tous les ingrédients sont réunis pour une prolifération inédite des scolytes, ces insectes xylophages qui colonisent les épicéas. Fransylva Franche-Comté, qui représente les forestiers privés, préconise plusieurs mesures préventives.

Pas de confinement pour les scolytes !

L'entretien des forêts doit continuer ! Alors que le confinement force les Français à limiter leurs déplacements, les professionnels de la forêt doivent effectuer les travaux urgents et indispensables à l'entretien des forêts. Ainsi Fransylva Franche-Comté – qui représente les sylviculteurs auprès de l'administration, des élus, de la filière forêt bois et des professionnels impliqués dans la filière forestière - appelle les forestiers à se mobiliser pour stopper la prolifération des scolytes. « La sécheresse de l'été dernier a stressé les arbres, nous avons eu un hiver doux qui n'a pas éliminé une partie des scolytes comme c'est le cas habituellement lors des hivers ''normaux'', et enfin les conditions printanières ont été favorables comme jamais à leur prolifération, de mémoire de forestier ! » résume Christian Bulle, le président de Fransylva Franche-Comté.


Avril : les scolytes sortent de leur hibernation


Les crises répétées d'invasion de scolytes frappent de plein fouet les forêts de Franche-Comté depuis plusieurs années, obligeant les forestiers à des coupes massives. Une situation qui s'explique notamment par le dérèglement climatique. Avant les envols de ce printemps, plus de trois millions de m3 de bois sont déjà atteints en Franche-Comté. Les responsables sont les scolytes, de petits coléoptères de 1,3 à 5 mm de long qui s'attaquent de préférence aux épicéas. Ils creusent des galeries sous l'écorce des arbres qu'ils colonisent conduisant au dessèchement de l'arbre infecté. « Les scolytes sont entrain de sévir en ce moment : ils sortent de leur hibernation et s'envolent, ils partent coloniser les épicéas. C'est maintenant, au tout début de leur sortie d'hibernation qu'il faut agir pour endiguer leur prolifération, il ne faut pas attendre. » prévient Christian Bulle.


Abattre, façonner et écorcer les arbres touchés


La lutte active contre les scolytes doit s'exercer sur les bois portant des insectes. Ces bois sont des épicéas verts. « A leur pied, posées sur les mousses, vous trouverez des sciures brunes, vous pourrez aussi observer des écoulements de résine à mi-hauteur liés au forage de l'écorce par les insectes, voire des plaquettes d'écorces brillantes car décollées par les pics. Ces bois, infestés, doivent être abattus, façonnés et écorcés au plus vite, d'autant plus que les scieries ont une activité réduite, rendant incertain le transport rapide des bois vers la première transformation. » explique Christian Bulle, le président de Fransylva Franche-Comté. En effet, la seule solution pour stopper la prolifération des scolytes consiste à sortir les bois infestés (et les scolytes avec) des forêts au plus vite, avant que les scolytes n'effectuent leur envolée. Le temps est compté ! Si le confinement forcé général interdit aux particuliers l'accès à la forêt, notamment pour réaliser l'affouage, les propriétaires forestiers ne sont pas dans ce cas. « Le décret permet aux propriétaires forestiers de se déplacer pour des travaux d'urgence, tels que la plantation, enlever les ronces – qui ont poussé d'un mètre avec la dernière pluie – et bien entendu pour le risque sanitaire, comme la surveillance des scolytes et les mesures de lutte. »


Diversifier les peuplements


Une fois les arbres coupés, il faut ensuite régénérer la forêt. Parmi les solutions à la portée des propriétaires forestiers pour lutter contre ces nuisibles, la diversification des régénérations (par plantation et/ou régénération naturelle) serait la mesure la plus judicieuse. En multipliant les essences présentes dans une forêt, la résistance de celle-ci s'accroît considérablement tant face aux insectes ravageurs qu'aux aléas climatiques. « L'épicéa en peuplement pur ne résistera pas en plaine. On voit aujourd'hui des bois à leur station d'altitude, comme les êtres au nord de Besançon ou les frênes qui dépérissent... par endroit ce sont les pins sylvestres et les Douglas qui sont touchés. Tous les sylviculteurs sont aujourd'hui conscients que la monoculture ne sera plus possible. Nous préconisons les mélanges, avec au minimum quatre ou cinq essences différentes, dans des proportions suffisantes, et avec chacune un accès aux étages dominants. C'est un sujet technique, complexe. Fransylva Franche-Comté, syndicat des forestiers de la région, accompagne les forestiers à toutes les étapes de la lutte contre les nuisibles, réfléchit également à des solutions pour soutenir les forestiers fragilisés et plaide pour que les aides annoncées soient versées aux propriétaires forestiers afin de compenser partiellement l'effondrement des cours et d'aider les forestiers à reconstituer leur forêt. » conclut Christian Bulle.