Publié le 03/06/2020 à 00:00 / Jura Agricole

Mildiou du tournesol

Le réseau national de surveillance consacré au mildiou du tournesol a élaboré de nouvelles recommandations pour gérer durablement le risque mildiou à la parcelle. Même si moins d'1% des parcelles enquêtées ont subi des attaques graves, on soupçonne une évolution de virulence de la maladie et l'amorce d'un contournement potentiel de certains gènes de résistance jusqu'alors efficaces.

Gérer durablement le risque

Le mildiou est un micro-organisme tellurique (du sol) qui peut survivre sous forme d'oospores plus de 10 ans dans le sol, même sans tournesol. Les spores de mildiou ont besoin d'eau libre dans le sol pour germer et infecter les plantules de tournesol. Des conditions climatiques pluvieuses au moment des semis sont donc des plus favorables aux contaminations primaires racinaires du mildiou. Le mildiou est aussi doté d'une très forte capacité d'évolution : 17 nouvelles races ont été identifiées depuis 2000.
Une forte capacité d'évolution qui complique la lutte
Aucune variété, même résistante à toutes les races aujourd'hui, n'apporte de solution définitive et une protection infaillible contre le mildiou. La protection apportée par le traitement de semences n'est pas non plus une garantie absolue : en cas de fortes pluies, il peut être lessivé et il existe au sein de toutes les races connues sur le territoire, des populations résistantes.
La prospection nationale réalisée dans des parcelles de tournesol prises au hasard permet d'évaluer chaque année la fréquence et la gravité des attaques de mildiou dans les principales zones de production. Les parcelles présentant des symptômes sur au moins 5% des plantes font l'objet de prélèvements d'échantillons.
En 2019 le mildiou fut observé dans 13,5% des 1013 parcelles enquêtées. 2,6 % des parcelles prospectées présentent des attaques plus importantes, et près de 1% de parcelles sont gravement atteintes avec au moins 30% de plantes concernées.
Les résultats d'analyses des races 2019 indiquent toujours une prédominance des races 704 et 714.Toutefois, une dizaine de ces isolats, collectés pour certains sur des variétés RM9 déclarées résistantes aux neuf races officiellement reconnues (100, 304, 307, 314, 334, 703, 704, 710, 714), montrent un comportement atypique sur la gamme d'hôtes différentiels permettant la caractérisation des races. Ces résultats suggèrent une évolution du mildiou et l'amorce d'un contournement de certains gènes de résistance jusqu'alors efficaces.


Le statut réglementaire du mildiou change mais pas la lutte


Le mildiou du tournesol a changé de statut : de parasite de quarantaine, il est devenu un organisme réglementé non de quarantaine (ORNQ). La déclaration des fortes attaques de mildiou auprès des SRAL ne sera bientôt plus obligatoire mais une lutte intégrant l'ensemble des moyens prophylactiques, agronomiques, génétiques et chimiques reste de rigueur pour assurer une gestion durable du mildiou sur notre territoire.
Pour une gestion durable du mildiou, tous les leviers de lutte doivent être raisonnés à la parcelle, dans la rotation. Ils font appel à des mesures agronomiques simples mais efficaces pour réduire le risque au sein de chaque parcelle. La première, allonger les rotations : les parcelles les plus attaquées sont celles où le tournesol revient fréquemment, notamment un an sur deux. Le retour du tournesol une année sur trois (ou plus) sur les parcelles limite la pression mildiou. La seconde, semer dans des parcelles bien ressuyées afin d'esquiver les conditions favorables aux infections. Décaler le semis de quelques jours après une pluie permet de limiter sensiblement les contaminations précoces les plus graves pour la culture. La troisième mesure consiste à détruire dans les parcelles cultivées en tournesol toutes les espèces pouvant héberger le mildiou comme les repousses de tournesol (y compris dans les autres cultures) et les mauvaises herbes comme l'ambroisie à feuilles d'armoise, le bidens, le xanthium... via un désherbage adapté pour contrôler ces adventices. Eviter aussi de cultiver en interculture les plantes hôtes du mildiou, telles que le niger. Même si cela n'est plus interdit, la culture de tournesol deux années consécutives sur la même parcelle doit absolument rester exceptionnelle : le choix d'une variété différente de celle de l'année précédente est alors impératif. Il est par la suite très fortement recommandé de ne pas revenir avec du tournesol sur cette parcelle les deux années suivantes.


Une gestion raisonnée des moyens de lutte


Diversifier le choix variétal en alternant les profils de résistance d'une campagne à l'autre sur les différentes parcelles de l'exploitation afin de maintenir l'efficacité de la résistance variétale au mildiou. Les profils connus des variétés face au mildiou sont donnés sur le site http://www.myvar.fr. Quel que soit le type de variété choisie, une attaque de mildiou ne peut être exclue, compte-tenu de l'apparition potentielle de nouvelles races. Le traitement des semences n'est pas obligatoire. Les semences peuvent être traitées au métalaxyl-M, substance active de l'Apron XL, en fonction du profil de résistance des variétés. Ce traitement n'apporte toutefois pas de garantie absolue : en cas de fortes pluies, il peut être lessivé et il existe au sein de toutes les races connues sur le territoire, des populations qui y sont partiellement résistantes. Attention : une généralisation de ce traitement de semences risque d'accroître la résistance du mildiou à cette substance active. De nouveaux traitements de semences devraient être homologués d'ici 2 à 3ans et offrir de nouvelles alternatives.