Rencontre
L'agriculture et ses problématiques au programme du nouveau préfet

La FDSEA du Jura et les JA ont invité Serge Castel, nouveau préfet du département, sur une exploitation pour lui présenter l'agriculture départementale et les principales difficultés auxquelles elle est confrontée. Emploi, sécheresse, loup, irrigation, incendies, renouvellement des générations… De nombreux sujets ont été abordés.

L'agriculture et ses problématiques au programme du nouveau préfet
(de Gauche à droite) Philippe Cornu, président des JA 39, Christophe Buchet, président de la FDSEA, Laurent Villet entouré de ses deux fils et Serge Castel, nouveau préfet du Jura

Rendez-vous était donné ce lundi 12 septembre à Plasne sur une exploitation typique du Jura : celle de Laurent Villet ou, sur 90 hectares, paissent 35 vaches laitières qui produisent 230000 litres de lait par an. Une exploitation qui devrait prochainement s'agrandir car son fils reprendra au 1er octobre les 70 hectares de la ferme du voisin qui part à la retraite. Son 2ème fils sera dans un premier temps salarié de l'exploitation mais envisage de s'installer par la suite. Il a débuté les démarches administratives dans cette optique.

Christophe Buchet, président de la FDSEA, a tout d'abord dressé le portrait de l'agriculture jurassienne : « Comté et viticulture sont des moteurs mais de nombreuses autres productions existent : polyculture-élevage, céréales, production diversifiée… 150 éleveurs de viande bovine, souvent charolaise, sont implantés dans le Jura. Nous avons aussi une soixantaine d’exploitants en lait industriel mais, face à l'augmentation des prix et à la pénibilité, ils se posent parfois la question d'arrêter la collecte pour s'orienter vers la production de céréales ».

Le Jura, synonyme de qualité

« Vous devez jouer la qualité plus que la quantité, » conseille le nouveau préfet. « Les circuits courts sont une solution pour produire de la valeur ajoutée ». Si les magasins de producteurs montrent parfois leur limite, la restauration collective peut être une alternative, notamment à travers les PAT. « J'ai une conviction depuis que je suis là : il faut vendre la marque Jura, » poursuit Serge castel. « Le département a une image à l'extérieur, celle de la qualité ».

Serge Castel et Christophe Buchet, lors de la visite du Gaec du vieux chêne à Vevy

Gilles Duquet, président de Soelis a évoqué le dossier emploi et les difficultés de recrutement. Pour Serge Castel, la solution se trouve dans l’attractivité du département : « A cause du plein emploi, vous devez aller chercher la main d’œuvre hors du Jura ».

Au bout des pâturages où avait lieu la rencontre, les paysages se ferment et les friches regagnent du terrain. « Il faudra se poser la question de la vulnérabilité de ces friches par rapport aux incendies, » indique le préfet qui a envoyé au ministère de l'Agriculture une note de conjoncture pour signaler « l'ampleur inhabituelle » de la sécheresse. Avec les orages de ces derniers jours, l'herbe est revenue sur les prairies permanentes mais la flore a complètement grillé et ne reviendra probablement pas au prochain printemps. De surcroît, les stocks de fourrage sont très bas.

Eau : une approche économique

« Concernant l'eau, nous ferraillons pour 5 millions de litres d'irrigation alors que des entreprises comme Solvay consomment infiniment plus. Elles sont traitées avec une approche économique contrairement aux agriculteurs », estime Christophe Buchet. Néanmoins, chambre d'Agriculture et syndicats reconnaissent le bien-fondé de l'arrêté sécheresse mis en place cette année qui a permis aux agriculteurs de travailler malgré la crise. Le nouveau préfet promet de convier la profession à toutes les discussions autour de l'eau. « Notre priorité est d'établir un diagnostic, de refaire les réseaux fuyants et de raisonner par bassin-versant, » précise-t-il.

Serge Castel s’est aussi rendu à la coopérative de Plasne ou la fabrication du comté lui a été expliqué

Qui dit sécheresse, dit malheureusement incendies, le Jura en a fait la triste expérience cette année. « Il faut mener une réflexion sur la forêt, leur entretien et sur l'ensemble de la filière bois. » Serge Castel a entrepris les démarches pour que le Jura soit considéré en risque avéré feu de forêt. Cela impliquerait de nouvelles obligations comme le débroussaillage des friches et des chemins d'accès. Concernant l'indemnisation des agriculteurs qui ont participé à la lutte contre les flammes, il a annoncé que l'arrêté été signé. La DDT monte les dossiers mais n'a pour le moment aucune information sur le calendrier. Le 7 octobre une réunion sur les incendies sera organisée avec les différents intervenants dont le SDIS et les agriculteurs.

DJA : vers une instruction à Dijon et Besançon

La reprise de l'exploitation voisine par le fils de Laurent Villet est l’occasion idéale pour Philippe Cornu, président des JA 39, d’évoquer le prochain transfert de la compétence DJA de la DDT à la région : « Les aides risquent de diminuer de 30% ce qui ne va pas faciliter le renouvellement alors que nous sommes déjà en déficit par rapport au nombre de départs à la retraite. » Le syndicat craint aussi une perte de proximité lors de ce transfert. Un risque confirmé par Jean Christophe Cholley, directeur adjoint de la DDT : « La région s'oriente vers une instruction à Dijon et Besançon. Pour continuer à suivre les dossiers jurassiens, un agent de la DDT rejoindra le nouveau service. Nous travaillons aussi pour qu'il n'y ait pas de flottement et que tous les dossiers en cours soient bouclés au 31 décembre, date effective du transfert ».

Concernant l’installation des porteurs de projet, Jean-Yves Noir, président de la Safer du Jura, a signalé au préfet les problèmes d’accès au foncier agricole et la concurrence qui existe entre eux et les différentes filières pour trouver des terres sur lesquelles s’installer.

S.C.

Prédation

« Des éleveurs doivent rejoindre le corps des louvetiers »

Christophe Buchet a interpellé le préfet sur les attaques de loups : « C'est tous les jours depuis le début de l'été ! »

Un sujet que connait le nouveau préfet car il a été confronté au prédateur lorsqu’il était en poste dans les Alpes-Maritimes. « La grande nouveauté, c’est qu’il s’attaque désormais aux bovins. La réactivité est essentielle, nous l’avons. A chaque prédation, vous obtiendrez les tirs de défense simple, » lui a répondu Serge castel. « Mais pour les tirs renforcés, ce sera plus compliqué ». Il souhaite aussi augmenter le nombre de louvetiers dans le département en y intégrant des éleveurs titulaires du permis de chasse et a annoncé avoir obtenu le budget pour l'achat de 3 lunettes thermiques qui s'ajouteront à celles financées par la FDSEA. La brigade loup sera chargé de former ces nouveaux louvetiers car « on ne chasse pas le loup comme un lapin ». Deux à trois mois de formation seront nécessaires avant qu'ils ne soient opérationnels.

Le 3 octobre, un comité grand prédateur se réunira à Mouthe en présence du préfet loup et des gardes-chasse suisses qui se rendront sur une exploitation touchée. Et d'ici le début 2023, un comité loup se tiendra en Suisse. Le Doubs, le Jura et l’Ain seront invités car les meutes recensées vivent à cheval sur ces territoires. Le préfet a aussi annoncé que le plan national loup était en cours de réécriture. Un accompagnement psychologique pour les éleveurs touché sera mis en place.

« Mais surtout, pas de braconnage ! » a-t-il précisé. Un avis partagé par la FDSEA qui a déjà rappelé aux éleveurs que ce serait contre-productif.

Sécheresse et campagnols, la double peine

Serge Castel, nouveau préfet du Jura, a demandé aux parlementaires du département de lui organiser des visites économiques sur leur canton. Sur les conseils de la députée Danielle Brulebois, il s'est rendu mardi 6 septembre à Vevy, chez l'affineur Monts et Terroirs, puis au Gaec du Vieux Chêne. « Je suis là pour comprendre comment fonctionne l'agriculture jurassienne et évoquer ses difficultés conjoncturelles, notamment celles liées à la sécheresse. Je découvre un modèle intéressant avec recherche de valeur ajoutée. »

« Nous avons 60 vaches laitières. Selon le contrôle laitier, leur production est tombée en moyenne à 20 litres par jour et par vache à cause de la sécheresse, contre 25 en période normale, » explique Nicolas Saive, un des trois associés du Gaec. « Notre production de fourrage a aussi chuté, la récolte sera insuffisante pour nourrir les animaux ».

« Tout le département a été touché par la sécheresse cet été, » précise Christophe Buchet, président de la FDSEA du Jura. « Même dans les zones ou les orages estivaux sont habituellement fréquents, il n'est pas tombé une goutte d’eau. A cela, il faut ajouter une recrudescence catastrophique des campagnols qui handicape fortement la production de fourrage ».

Au Gaec du vieux chêne, certaines prairies naturelles n'ont rien produit cette année et les prairies temporaires ont vu leur rendement diminuer de 10 à 15% sous l'effet cumulé des campagnols et de la sécheresse. Les associés envisagent de planter des céréales sur certaines parcelles mais cela prend du temps, d'autant plus que le cahier des charges du comté stipule que 50% de la surface doit être en prairie naturelle et que le fourrage doit obligatoirement être acheté en zone AOP.

Le préfet a visité le Gaec du Vieux Chêne accompagné d’élus locaux et de représentants de la profession