Rentrée à l’étable
Pas mal d’énergie dans les fourrages

Les fourrages récoltés en 2023 affichent des valeurs énergétiques plutôt élevées. Il faut en tenir compte pour équilibrer au mieux les rations hivernales.

Pas mal d’énergie dans les fourrages
Cette rentrée à l’étable bénéficie de fourrage de plutôt bonne qualité, notamment pour l’énergie.

A la différence de l’automne 2022, où la pousse de l’herbe automnale avait profité d’une minéralisation estivale disponible, la qualité de l’herbe pâturée en arrière-saison n’a pas atteint des valeurs nutritives aussi exceptionnelles. « En octobre le taux d’urée dans le lait était de 270, contre 320 en 2022, et la production de 22,5 kg/jour/VL contre 23,5 kg en 2022. », relève Florine Leuvrey, de Geniatest-Conseil élevage. La pluviométrie élevée des dernières semaines a contraint à rentrer même les génisses et les vaches taries. La rentrée automnale reste une phase délicate pour les vaches laitières en production avec une modification importante de leur environnement, de leur alimentation et de l’ambiance sanitaire. « En plus du changement de régime alimentaire, les modifications de l'environnement y sont parfois très importantes, en particulier si les vaches sont hivernées en stabulation entravée. Lorsque la rentrée à l'étable est brutale, comme c'est souvent le cas en régions d'altitude, elle peut s'accompagner d'une diminution de la production laitière et d'une chute des taux de matières grasses et de protéines », explique Jean-Baptiste Coulon, de l'Inra de Tours. « Nous avons ainsi observé pendant cinq années consécutives chez des animaux en fin de lactation, que la rentrée à l'étable entraînait une chute anormale de la production journalière (de près de 2 kg), qui n'a pas été compensée par la suite. Ces problèmes peuvent être encore accrus chez les vaches ayant un haut niveau de production à la rentrée à l'étable, même lorsque celle-ci s'accompagne d'une transition alimentaire et environnementale. »

Caler les rations hivernales

Les fourrages disponibles cet automne pour alimenter les troupeaux laitiers durant l’hiver affichent des valeurs prometteuses. « Les résultats des analyses des échantillons des ensilages de maïs donnent en moyenne 34 points d’amidon, 0,96 UF et une digestibilité à 73,1 DMO. Le taux de matière sèche atteint presque 37% (36,9). Les qualités sont globalement moins hétérogènes qu’en 2022. », détaille Florine Leuvrey. Les silos d’herbe et enrubannés de première coupe, récoltés dans un contexte météorologique un peu compliqué, présentent des niveaux de MAT modestes (de l’ordre de 11 points pour 0,99 UF), mais les fourrages de deuxièmes coupes sont plus équilibrés à 14 points de MAT pour 0,87 UF. Autant de facteurs qui peuvent expliquer, que les performances laitières n’aient pas franchement décollé cet automne. Les conseils techniques habituels restent de rigueur, notamment dans le soin à apporter aux transitions, y-compris au cours de l’hiver. « Quand on change de silo par exemple, l’idéal est d’anticiper pour pouvoir y aller progressivement, en substituant par exemple un quart de l’ancien fourrage par le nouveau fourrage pendant une semaine, puis la moitié, pendant la semaine suivante, et enfin les trois quarts, avant de basculer complètement. » L’intérêt est de ménager la flore ruminale et d’éviter les à-coups, néfastes à la digestion. « L’apport de bicarbonate de soude dans la ration, à hauteur de 250 g/jour/VL, est aussi un bon stabilisateur du pH ruminal », rappelle la conseillère, qui insiste également sur la nécessité d’observer les animaux dans leur environnement (comportement, propreté, bouses…), ainsi qu’à travers les paramètres de qualité du lait qui traduisent indirectement l’équilibre de la ration (urée, TP). « Enfin, il peut être intéressant de faire analyser la ration complète, pour avoir une idée plus précise des valeurs de la ration réellement distribuée aux animaux. », conclut-elle.

AC