« Il faut maintenir un haut niveau de vigilance »
Marc-Olivier Clique, vétérinaire à la clinique du Vernois à Orgelet et président du GTV 39, a répondu à nos questions sur cette nouvelle campagne de vaccination contre la DNC qui va débuter dans le Jura.
Pour les veaux vaccinés avant l’âge de trois mois, le rappel de vaccination est juste recommandé par l’Anses. Que conseillent les vétérinaires ?
Ces petits veaux ont été vaccinés avant leurs trois mois, alors que leur immunité n’était pas mature, donc le vaccin va être efficace mais sûrement pas d'une durée d'un an ou d'un an et demi. L’Anses travaillait sur une obligation d’une nouvelle vaccination pour eux. Finalement, ce n’est plus qu’une recommandation, probablement à cause de considérations pratiques. Les éleveurs, notamment les allaitants en Bresse et dans le nord du département, auront probablement mis leurs bêtes à l’herbe lorsque la campagne de vaccination débutera. Il faudra donc rattraper ces veaux devenus grands, ce qui nécessitera des moyens de contention. Pour les éleveurs laitiers, ce sera moins compliqué car les veaux sont généralement plus dociles et restent dans les bâtiments.
Mais au niveau du Groupement Technique Vétérinaire, d'un point de vue scientifique nous continuons à insister sur l’importance de faire cette vaccination, quitte à retarder un peu la mise à l’herbe. Il n’existe aucun traitement contre la DNC, la seule chose que nous pouvons faire c’est avoir un taux de vaccination suffisamment élevé pour protéger l’ensemble du troupeau.
Concrètement, comment les éleveurs doivent s'organiser ?
Le GDS nous a transmi la liste des petits veaux ainsi que leur statut vaccinal. Chaque clinique s'organise pour être le plus efficace possible. Le vaccin est livré en flacon de 20 ou de 100 doses, d’où l'intérêt de bien préparer les tournées, par secteur géographique, pour éviter d’en gaspiller.
Les éleveurs seront prévenus à l’avance de notre venue pour qu’ils puissent regrouper les animaux à vacciner, dans les bâtiments pour les laitiers et dans des parcs de contention pour les allaitants. Cet automne, ils ont été très réactifs. Ils se sont entraidés pour nous faciliter la tâche. Nous savons que nous pouvons compter sur eux.
Et pour les bovins qui seront en pension dans le Jura cet été, comment cela va se passer ?
Traditionnellement, nous avons beaucoup de vaches suisses en estive dans le Jura mais cette année, à cause de la DNC, elles ne viendront pas. Elles seront potentiellement remplacées par des bovins qui viennent de zones indemnes. Comme la vaccination est interdite en zone indemne, il faudra la faire à leur arrivée et ensuite attendre 28 jours pour que le vaccin soit efficace. Le ministère doit encore nous transmettre des précisions sur les modalités opérationnelles à ce sujet. Nous n’avons aucune idée du nombre de bêtes qui seront concernées.
Quelles sont les autres préconisations pour éviter que la maladie ne réapparaisse ?
Même si les troupeaux sont aujourd’hui vaccinés et que la pression épidémiologique est moindre que cet automne, les recommandations restent les mêmes. Si l’on veut être tranquille d’ici la fin de l’année, il faut maintenir un haut niveau de vigilance.
Nous n’avons pas la certitude que le virus ait totalement disparu. Il peut persister dans l’environnement, notamment dans les bouses, les fumiers ou les bâtiments pendant plusieurs semaines. Certains bovins peuvent aussi être porteurs asymptomatiques, c’est-à-dire héberger le virus sans présenter de signes cliniques. Si des animaux non vaccinés, y sont exposés, cela pourrait suffire à faire réapparaître des cas.
Il est donc essentiel de conserver les bonnes pratiques mises en place pendant la crise. Tous les intervenants extérieurs — vétérinaires, inséminateurs, techniciens ou acheteurs — doivent intervenir avec une tenue propre et des bottes désinfectées. Les pédiluves, qui se sont largement développés dans les élevages, restent un outil simple et efficace qu’il faut continuer à utiliser.
La désinsectisation a un intérêt, même si elle reste imparfaite : les taons et les mouches piqueuses, principaux vecteurs du virus, sont peu sensibles aux insecticides. Cela impose des traitements très réguliers.
Au-delà de la DNC, ces pratiques sont bénéfiques pour la prévention de nombreuses maladies en élevage.
Et pour les vaches adultes vaccinées cet automne, faudra-t-il les revacciner ?
Pour les animaux vaccinés en 2025, il n’y a pas d’urgence immédiate. À ce stade, la stratégie reste claire : tous les animaux devront l’être à nouveau avant la fin de l’année. Cette campagne vise à sécuriser durablement la situation sanitaire.
Quel que soit le vaccin utilisé, la durée de protection est désormais fixée à 15 mois. Le premier vaccin, d’origine sud-africaine, était initialement donné pour 12 mois, mais cette durée a été étendue sauf en cas d’exportation. Le vaccin utilisé ensuite présente lui aussi une validité de 15 mois.
L’objectif est de revacciner les animaux dans le respect de cette fenêtre de 15 mois, avec une échéance fixée au 31 décembre 2026. Concrètement, cela permettra dans la plupart des cas d’intervenir à l’automne, lorsque les animaux sont rentrés en bâtiment, ce qui facilite les opérations.
Si aucun nouveau cas n’est détecté en 2026 et que la couverture vaccinale reste très élevée, la vaccination devrait s’arrêter au 31 décembre 2026. Il faudra ensuite respecter un délai d’environ 14 mois avant de retrouver un statut indemne.
La couverture vaccinale actuelle est-elle suffisante ?
Les chiffres sont très élevés, autour de 99,5 % des bovins vaccinés. Le faible nombre d’animaux non vaccinés peut s’expliquer par des erreurs d’inventaire ou des cas isolés, mais cette couverture permet d’atteindre une immunité collective efficace.
Propos recueillis par S.C.