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Conférence

« L’IA des champs » au service des agriculteurs

Hervé Pillaud, spécialiste du numérique en agriculture, milite pour une IA « les pieds sur terre » qui doit permettre d’augmenter l’intelligence collective. Echos de son intervention à EVA Jura.

« L’IA des champs » au service des agriculteurs
Hervé Pillaud « Si l’on veut construire une IA efficace pour l’agriculture, il faut qu’elle corresponde à nos valeurs »

L’assemblée générale d’EVA Jura a accueilli Hervé Pillaud, spécialiste du numérique en agriculture, et président du Groupe de formation Etablières, à l’origine de La Ferme digitale et de Tech Elevage. Eleveur pendant 40 ans en Vendée, il a été un contributeur actif au schéma génétique Montbéliarde JB. Son intervention, ce lundi à Champagnole, portait sur l’intelligence artificielle au service des agriculteurs.

L’impact concret de l’IA  

L’IA en agriculture, telle que décrite par Hervé Pilloud, doit s’attaquer à trois défis : la compétitivité, la simplification et favoriser la transition écologique. La simplification dans le sens de rendre la technique IA accessible à tous.

L’IA peut être utilisée pour faire des diagnostics, des simulations, planifier, prendre des décisions, simplifier les tâches administratives, assurer une traçabilité…  Avec deux précautions : ne jamais se contenter de la réponse donnée par l’IA (qui n’est pas toujours la bonne) ; et l’utiliser par rapport à des besoins car elle est consommatrice d’énergie.

On peut imaginer des applications multiples. L’éleveur de chèvre qui dicte à son téléphone « : « 3 kg de foin pour la chèvre N°42 » et l’IA remplira les tableaux de suivi. Des notes sur un cahier que l’on pourra prendre en photo pour les transmettre… En travaillant sur ses propres données, l’agriculteur obtiendra de l’IA des réponses personnalisées et de plus en plus fiables.

L’ère des jumeaux numériques

Autres exemples d’utilisation de l’IA en élevage : optimiser le choix du taureau, interpréter les variations de production laitière, créer des jumeaux numériques. « Je pense que demain vous pourrez construire votre ferme, comme dans Farming Simulator, et la voir d’adapter au fil du temps », continue Hervé Pillaud. Idem avec un jumeau sanitaire en élevage qui pourra être utilisé pour la surveillance, la prévention, les alertes précoces. Ou encore imaginer ce que sera l’agriculture du département, ou une filière comme le comté, et voir les leviers d’actions possibles face aux crises, au réchauffement climatique, …

Des valeurs de coopération

« Si l’on veut construire une IA efficace pour l’agriculture, il faut qu’elle corresponde à nos valeurs de coopération et de mutualisme. Le but n’est pas d’avoir des fermes I-tech mais de redonner le pouvoir de décision à ceux qui nourrissent la planète, de tendre vers la souveraineté et la transparence », affirme le spécialiste. Cela passe par des logiciels open source accessibles au public et la libération des données. « Une donnée n’a de valeur que si elle est partagée. Il existe un certain nombre de données que vous avez intérêt à libérer comme les catalogues des taureaux. Plus ce que vous aurez partagé sera repris, plus cela vous donnera de la valeur. »

Gaïa, un outil collaboratif

Un travail en commun démarre au niveau agricole avec « Gaïa », un projet d’intelligence artificielle générative pour l’agriculture porté par La Ferme digitale, avec des partenaires comme l’INRAE. Le cœur du projet Gaï est de concevoir un outil collaboratif ouvert, « une IA qui a les pieds sur terre » et qui met les données au service de tous les acteurs de l’agriculture.

Pour Hervé Pillaud, s’intéresser à l’outil IA n’est pas réservé à des spécialistes. « Chacun peut réfléchir à l’utilisation et l’impact de l’IA. Il est légitime de se poser des questions, par exemple par rapport à son emploi. Le métier de conseiller ne sera pas supprimé mais va évoluer, avec l’IA le bon conseiller sera encore meilleur. De même une révolution se prépare dans l’enseignement qui s’empare activement de la question. J’ose espérer que l’IA va nous permettre de travailler autrement, d‘apprendre autrement, de vivre et de décider à nouveau ensemble. En résumé, faire de l’IA un instrument de l’augmentation de l’intelligence collective. »

IR

Deux livres d’Hervé Pillaud : « Vers un monde sans faim » (2024) et « L’IA des champs », qui sortira en février 2026 pour le Salon de l’Agriculture.