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Intervention d’Arnaud Rousseau

« Il faut redonner un cap clair »

Devant les agriculteurs jurassiens, Arnaud Rousseau a enchaîné les alertes : tensions internationales, recul de la production, pression réglementaire et crises sanitaires. Un discours centré sur une priorité : produire et redonner de la visibilité au secteur.

« Il faut redonner un cap clair »
Face aux exploitants jurassiens, Arnaud Rousseau a défendu une agriculture « de bon sens » et tournée vers la production.

Actualité oblige, le président de la FNSEA a débuté son intervention devant les exploitants jurassiens en évoquant le conflit au Moyen-Orient. « L’agriculture française n’est pas déconnectée de la situation internationale. On l’a vu, une guerre au bout de la planète peut faire doubler en quelques jours le prix du gasoil et des engrais », a-t-il rappelé. Au-delà de la seule question des prix, l’alimentation est redevenue un enjeu stratégique pour les grandes puissances, utilisé comme levier d’influence, voire comme une arme. « Les pays qui produisent plus que nécessaire et peuvent exporter ne sont pas nombreux. C’est un atout incalculable que nous sommes en train de gâcher », a-t-il déploré. « La France en faisait partie mais, cette année pour la première fois, la balance commerciale alimentaire est à l’équilibre alors qu’elle était jusque-là bénéficiaire. »

Toujours sur l’international, il a regretté que la politique agricole soit de plus en plus délaissée par l’Union Européenne : « Elle n’a plus de vision pour la ferme Europe ! ». Dans la précédente mandature, le pacte vert préconisait une diminution de 15 à 20 % de la production. La FNSEA est « foncièrement contre cette décroissance » car « c’est grâce à leur agriculture que les Européens mangent à leur faim depuis 1945 ».

« Ce qui est interdit en Europe ne doit pas entrer en Europe »

L’agriculture française est d’autant plus concernée que le budget de la PAC qui lui est reversé devrait diminuer de 13 %. « Cela représente un milliard d'euros », a précisé Arnaud Rousseau avant d’affirmer que le syndicat mènera ce combat à Bruxelles. « Si nous loupons cette négociation, je vous laisse imaginer les difficultés qui suivront ». 

Autre point d’achoppement avec l’Europe : le Mercosur et autres accords de libre-échange. « Le maïs brésilien pousse avec 77% de molécules actives que nous n’avons pas le droit d’utiliser, c’est de la concurrence déloyale. Ce qui est interdit en Europe ne doit pas entrer en Europe mais il n'y a pas de clause miroirs ni de sauvegarde. Le gouvernement nous promet de faire 50% de contrôles en plus mais aujourd'hui on en contrôle seulement 1%. Au final, ca ne fera que 1,5% de produits contrôlés », critique le président national.

Infléchir la loi d’urgence agricole

« Entre ces crises économiques, le réchauffement climatique et les incertitudes politiques françaises, prendre des décisions d’investissement à long terme est compliqué, » a poursuivi Arnaud Rousseau.

Sur le volet législatif, il a évoqué la loi d’urgence agricole qui devrait être débattu d’ici cet été : « On aimerait pouvoir y intégrer des sujets concrets comme l’eau, la prédation ou la directive nitrates ».

Il insiste sur la nécessité de sortir d’une logique d’empilement réglementaire pour permettre aux agriculteurs de sécuriser leur production face aux aléas climatiques. Il pointe les difficultés entravant les projets de stockage ou d’irrigation, souvent freinés par des contraintes administratives ou des oppositions locales.

Les adhérents FDSEA sont venus nombreux écouter le président national du syndicat

 

Sur la prédation, il réclame un nouveau comptage : « L’OFB nous affirme que le nombre de loups n’évolue pas mais le nombre d’attaques ne cesse d’augmenter. C’est terrible pour les éleveurs qui subissent. Et le loup coûte 70 millions d’euros chaque année à la France pour 1 000 individus, soit 70 000 € par animal. Quand on sait que le revenu moyen d’un agriculteur est de 20 000€, ce n’est pas normal ».

Peser sur l’élection présidentielle

Pour faire entendre sa voie lors de l’élection présidentielle de l’an prochain, la FNSEA compte faire de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire un sujet. Le syndicat présentera un projet qu’il proposera à tous les candidats afin d’obtenir des engagements clairs de leurs part. il s’agit de remettre un cap clair sur la production, aujourd’hui jugé absent. « Actuellement, je ne suis pas capable de vous dire quelle est la position de la France sur sa production agricole. Il nous faut de la visibilité, » réagit Arnaud Rousseau.

DNC : « Sans FNSEA JA, la situation aurait pu être bien pire »

Il est ensuite revenu sur la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), « une crise extrêmement éprouvante », en soulignant « la détresse inimaginable » des éleveurs. «  Aucun d’entre nous ne connaissait la maladie mais tous les scientifiques disaient que le protocole proposé était le plus efficace. Le sanitaire ne pouvant être pris à la légère, nous nous sommes rangés derrière la science », explique-t-il. Avant de dénoncer certaines critiques et oppositions qualifiées de simplistes et démagogiques : « Je ne vous dis pas ce qu'on s'est pris, on a vécu dans un délire absolu ! Mais sans le réseau FNSEA-JA, la situation aurait pu être bien pire. Si la maladie revient au printemps, nous la gérerons de la même façon. » Il a aussi mis en garde : en Savoie, certaines expertises servant de base pour indemniser les troupeaux sont maintenant remises en cause.

Le numéro 1 du syndicat a ensuite félicité les éleveurs jurassiens : « La manière dont vous avez traité la maladie a été remarquable. » Il a salué la solidarité observée sur le terrain et la mobilisation de l’ensemble de la filière, des éleveurs aux services sanitaires, estimant que cette organisation collective a permis d’éviter une situation plus grave.

Plus largement, Arnaud Rousseau a replacé cette crise dans un contexte sanitaire en nette dégradation : « Les maladies se multiplient ces dernières années : FCO, MHE, DNC, la fièvre aphteuse qui commence à toucher l’Europe… »

Pour conclure son intervention, Arnaud Rousseau est revenu sur les critiques récurrentes visant la FNSEA, qu’il juge nombreuses et infondées (Lire ci-dessous). Il dénonce « un tas de mensonges » circulant à propos du syndicat, dans un contexte « populiste ». Il revendique une ligne fondée sur le « bon sens » et la responsabilité : « Nous travaillons à un projet avec l’objectif de redonner un cap clair à l’agriculture française. Ce projet tient compte de la diversité des territoires et des systèmes. »

S.C.